L’hymne de Catalogne, Els Segadors, est totalement d’actualité

Reprenons le trait principal des trois couplets de la version actuelle des Segadors ( les faucheurs).

Le premier couplet dénonce “aquesta gent tan ufana i tan superba” (ces gens si orgueilleux, vaniteux et si hautains, si arrogants). De fait, depuis la nuit des temps, la dominance castillane traite toutes les autres entités ainsi, les traite en colonies considérées comme soumises, ce qui est exactement le traitement fait à la Catalogne, en tous domaines, tant culturels qu’économiques … Il est bien naturel et légitime que, porteuse d’une histoire démocratique et riche d’un millénaire, elle demande, exige, pose son indépendance.

Le second couplet encourage le peuple à rester en éveil “ara es hora d’estar alerta” ( il est temps de rester vigilant, en garde). L’arrestation puis l’emprisonnement de sept membres des CDR, une des associations civiles des catalans (avec l’Assemblea, l’Omnium, l’Association des Maires) cette semaine, pour terrorisme quand il n’y a pas un cheveu à leur reprocher, après les centaines d’exactions menées ces dernières années depuis le recul de Madrid sur les avancées en autonomie, … action violente gratuite, montre bien que le peuple catalan se doit de rester en état d’alerte. Les abus et dénis de droit sont tels que la Catalogne vient de renter en “désobéissance civile” ; c’est de bon et plein droit.

Le troisième couplet met en garde la gouvernance devant la force latente, potentielle, là, représentée par la bannière “Que tremoli l’enemic” (que l’ennemi tremble), … il annonce honnêtement la couleur, met en garde. Les ex-partenaires auxquels étaient tendue la main pour négocier se sont placés dans leur morgue, eux-mêmes, en ennemis. Les capacités de la Catalogne à assurer quoiqu’il lui soit asséné ne sont plus à démontrer ; tant de puissances politiques, économiques, sociales, culturelles, juridiques (puisqu’ils y tiennent tant) … en témoignent. Les 500 Guardia civils envoyés, depuis hors de Catalogne (!) pour arrêter sept hommes constitue un signe évident de peur. Me fait penser à la Grande Armada espagnole, la plus puissante flotte d’alors, orgueilleuse et sure de son succès éclatant, pour occuper l’Angleterre d’Elisabeth Ière. Elle a été décimée en moins d’une semaine par une petite flotte de plus petits navires corsaires d’hommes du peuple à la fois marins et soldats. Aussi, effectivement, que le pouvoir castillan prenne garde, car les catalans sont “comme des poissons dans l’eau” tout en brandissant l’ “ensenya”.

Quand au refrain “bon cop de falç” (un bon coup de faucille), il est à considérer non seulement dans le contexte actuel Catalogne/Espagne, mais d’autres Pays tant en Europe qu’au delà. La mutation de civilisation est engagée.

Michel André Vallée 27septembre 2019

Deux messages sur mon mur de Facebook ce mardi 24 septembre 2019 : lien entre les deux ?

Premier de ces messages :

La chute de Thomas Cook … !
La presse verse des larmes de crocodiles pour les 600000 touristes à rapatrier. Certes très désagréable pour toutes celles et ceux qui sont piégés par la faillite du plus ancien voyagiste britannique (178 ans). Mais l’analyse économique de la mondialisation du tourisme aurait dû prévoir ce type d’évènement. Ce n’est que le début du renversement de l’iceberg. MAIS, quoi dire de toutes les populations sur toute cette planète qui ont tout misé sur le tourisme de masse low cost ou pas low cost pour un peu mieux vivre. Ils seront abandonnés pour la plupart, avec la non-éthique des gouvernances actuelles. C’est la mondialisation néo-libérale « décomplexée » qui une fois de plus est en cause.

Second de ces messages :

L’affaire Greta Thunberg ?

Il est des contextes dans l’histoire où un personnage inattendu sur un contexte global entendu amplifie toutes réactions, quelle qu’en soit l’orientation. En l’occurrence, toutes les diverses réactions sont plus ou moins émotionnelles, car effectivement TOUT est en jeu, et chacun est consciemment ou subconsciemment touché. Aussi les diverses réactions sont toutes intéressantes en ce sens que l’amplification explicite des signatures. C’est éclairant, et chacun peut plus aisément identifier les uns et les autres, et soi-même.

Lien entre les deux ? :

De mon point de vue bien entendu, … chacun peut y trouver autre chose. Dans les deux cas, un phénomène majeur, tant immédiat qu’à terme, ne ressort dans les grands médias, au-delà des supports spécialisés, académiques, d’historiens, de prospectivistes, qu’à l’opportunité d’un acte nettement décalé par rapport à l’habitude. C’est si souvent trop le cas, avec une si faible préparation d’esprit critique (en baisse comme on le reconnaît enfin récemment).

Dans les deux cas, l’événement se situe aux débuts de tendances lourdes, en cohérence avec le « bouquet » si chargé de tendances lourdes significatives de notre état global de déjà entrés en mutation de civilisation.

Dans les deux cas, tant aux jeunes éveillés qu’à celles et ceux des adultes qui restent sensibles, il est devenu évident qu’il n’est plus temps au discours « politiquement correct », mais qu’il est temps de la parole et de l’action directes et claires.

Pourquoi ces deux cas là, car ils sont d’actualité d’aujourd’hui et de demain.

Même s’il est tant d’autres « objets » de fond qui nous concernent toutes et tous, à propos de tous ces objets, le tryptique « Comprendre – Vouloir – Agir »  se complète avec « Échanger – Se coordonner – Se préparer ». Le courage va être nécessaire.

Michel André Vallée          

Quand même un peu d’espoir

Hier soir et cette nuit (17/09/19), les dossiers du mardi de ARTE ont donné trois documentaires hors pairs (et pourtant ces dossiers du mardi sont habituellement bons surtout dans l’objectivation).

Le premier de 20H50 à 22 H20 : “BlackRock”, soit, il semble bien, la plus grande puissance financière au monde, qui n’est pas une banque (donc nettement moins surveillée que les banques), mais gestionnaire d’actifs (6000 MM de $), des plus grands (les GAFA) aux plus petits cherchant une sécurité de placement depuis 2008. Je parle assez souvent dans mes articles du Deep power ; en voilà un, bien entendu au niveau de ses grands actionnaires ET décideurs. Cette structure, basée à New York, influence les gouvernements des principaux pays “occidentaux” et d’autres. C’est un des marionnettistes. Vaut donc vraiment la peine de visionner pour “comprendre”.

Le second de 22 H 25 à quasiment minuit : “Sacrée croissance”, qui commente la cassure entre les décideurs politiques et une partie des populations. Il le fait en témoignant de plusieurs réalisations de productions autonomes “à la base”, “locales”, vraiment “écologiques”, de collectifs sur des territoires à Toronto, en Argentine, dans le Nordeste du Brésil, au Bhoutan, en Bavière … Ce qui frappe, c’est que ces réalisations en vrai grandeur depuis en moyenne une décennie réussissent, perdurent, à la satisfaction évidente de leurs acteurs. ET, elles ne sont pas “réduites” par le Deep power. Elles témoignent, dans des contextes très divers, qu’une tout autre pratique individuelle et collective de consommation, en décroissance, est possible. L’outrancier “il n’y a pas d’alternative” est une mystification, … et de nombreux chemins peuvent être pris.

Le troisième de 0 H 00 à 1 H 35 : “System Error”, qui déroule clairement la mise en évidence que les fameux algorithmes de nos systèmes d’IA décident eux-mêmes selon des logiques implacables, sans que nous autres humains qui les avons conçus et mis en route interviennent, … en l’occurrence en matière financière !

Le premier et le troisième dossier témoignent de l’actuelle puissance financière, quand il n’y a plus (au moins en Occident et alliés) de volonté politique consciente, des enjeux actuels globaux de notre planète et de notre humanité, assez puissante pour Agir. Peut-être la Chine, … les toutes prochaines années nous le diront. Le second film (Sacrée croissance !) permet donc quand même un peu d’espoir.

Alors, comme l’un des “”ploucs” qui s’exprime dans cette démonstration d’autres voies le démontre clairement : il faut arrêter de discuter, mettre en œuvre. Mais après “Comprendre”, pour “Agir”, il est indispensable de “Vouloir” !

Michel André Vallée       18 septembre 2019

LE DÉNI

Hier soir dimanche 1er septembre (déjà !) ARTE a donné le film « Sous le sable », de François Ozon en 2000, avec Charlotte Rampling et Bruno Crémer. À nos yeux un chef d’œuvre quand à la qualité cinématographique et au jeu des acteurs (toutes et tous), pas un cheveu de travers, mais surtout car c’est la plus exacte démonstration que j’ai encore trouvé de ce qu’est le déni. Dénier est tout autre chose que simplement nier. Nier est une simple tactique, dénier est un mécanisme construit apparemment « sincère ».

Cette femme ne peut accepter que cet homme ai disparu, et ce à un « moment » où elle n’a pas été présente, comme d’habitude au fond. Elle s’introjecte (mécanisme de défense le plus répandu après la projection) qu’il n’a pas disparu, qu’il n’est pas mort, car elle dénie la réalité de son propre jeu dans ce couple, … jeu évidemment inconscient. Nous savons que nos inconscients nous « gouvernent » bien plus que nos conscients mentalisés.

En fait, elle exprime (inconsciemment) la banalité qu’en croyant l’aimer, c’est elle qu’elle aime. Cela se passe là dans une bourgeoisie à l’aise, mais dans la réalité sociale se trouve dans tous les milieux. Et cela est un réel quasi-universel, presque tout autant que la mort est une des seules certitudes pour les vivants, et que la vie de chacun est en soi solitaire (ce qui ne contredit en rien les phénomènes de couples, de collectifs, de masses).

Cela lui coûte déjà cher à plus d’un titre dans le film, et continuera plus tard en pire dans sa vie, tant qu’elle ne sortira pas de ce double déni : il n’est pas mort + je n’y suis pour rien.

Un chef d’œuvre de film, mais aussi de psychosociologie, et de psychiatrie « ordinaire ». Partant de pédagogie pour tous.

Remarque : le déni est une pathologie non seulement pour les individus –personnes, mais aussi pour les collectifs (nous sommes les meilleurs !), pour les gouvernements des États (le vrai peuple nous aime, en tout cas la majorité, … contre tous les retours qui attestent du contraire), …

Se connaître dans les réalités, une des tâches les plus difficiles, … encore plus dans un temps de crise-mutation comme actuellement.

Et pourtant, le drame a eu lieu sur la côte atlantique au large de Mimizan, lieu de baignade connu pour être dangereux malgré les apparences, et le corps sera retrouvé avec des objets attestant l’identité du porteur.

La dernière minute du film relève du génie : bien observer la trajectoire de la course. Une fine touche des délires du déni.

Mireille et Michel André Vallée  –  1er septembre 2019