Réinventons l’humanité ?

Le titre de cet article est à peine modifié du titre de l’article de Evelyne Pieiller, Réinventer l’humanité …, dans le Monde diplomatique de ce mois d’Avril 2020, N° 793.

Tous les mois, habituellement, Les Amis du Monde diplomatique se réunissent dans la plupart des villes de France et de nombreuses villes à l’étranger pour commenter entre eux plusieurs articles du mensuel, ou organiser des conférences-débat sur des thèmes majeurs d’actualité ou sensibles. Dans le contexte de confinement, le groupe des Pyrénées Orientales procède cette fois par e-mail. Ce commentaire d’un des articles est publié aussi sur le blog de Michel.

Introduction par le questionnement des liens, du lien, entre les humains et la nature, que comme certains savent je préfère nommer Nature (avec un N majuscule). Il s’agit de notre rupture entre nous, l’humain, et le reste du monde, de notre rupture avec l’intégralité complexe de l’écosystème. C’est le vrai problème N°1, avant même la surpopulation pb. N° 1 pour l’ONU. La rupture avec la nature, méga-problème que nous humains avons généré, tissé depuis plus d’un siècle par notre inconscience et notre enfoncement dans la priorisation de l’argent sous couvert d’économie, et l’asservissement de nos technologies au financier (laissant la portion congrue au progrès concret partagé pour le bien commun)..

Nous avons donc ouvert une nouvelle ère, l’anthropocène, la première ère de l’histoire de cette planète qui soit générée par l’Homme. L’accélération, l’intensification, la mondialité des dérèglements climatiques, … avec toutes ces catastrophe par l’eau et le feu, sont tels que toutes celles et tous ceux qui tentaient de dénier, faire l’autruche ou les trois singes, n’y peuvent plus mais. Les « soi-disant « dirigeants » au niveau des États qui essayent de contourner, et continuent le suicide collectif sous prétexte d’économie, sont coincés. Des corps sociaux entiers n’ont plus confiance en eux et n’écoutent plus quand « ils expliquent », une nouvelle forme de mouvement du haut rejoignant le mouvement du bas est en train de prendre forme. Aussi allons-nous connaître des « crises » politiques et sociales au moins aussi sévères sinon plus que celles déjà traversées, … et pourtant nous en avons vu !

Les mouvements et démarches se multiplient, qui remettent en cause la conception occidentale de la « maîtrise » par l’homme de cette planète. Occidentale en terme de civilisation, même si Russie, Chine, Indes, Iran et presque tous les autres en ont intégré une large part. Ces démarches donc encore très diverses, dispersées, pas encore connectées. Elles ont en commun de souligner l’importance des liens au sein du vivant, entre tous les états du vivant, et interpellent les conditions de possibilité d’un avenir en commun.

Il ne suffira plus de critiquer, sans trop toucher à son confort, l’Homo œconomicus, partant la pensée unique qui le « porte » (et en réalité de plus en plus au fil du XXème le retour financier d’investissement court terme), mais de comprendre, inventer (réinventer ?), instituer, une nouvelle constellation de valeurs. Le lecteur a compris qu’il s’agit des tissus de coopération entre tous les être qui, sur cette planète (et les autres quand nous nous y rendrons), conditionne les possibilités du vivant, tant nous humains que tous les autres : animaux, plantes, bactéries … et pour celles et ceux qui me connaissent un peu bien au-delà (réalités de tous les existants).

La prochaine constellation de valeurs devrait donc (pourrait ?) être fortement contrastée avec l’homme prométhéen, qui domine la Nature (quel orgueil), certain de sa supériorité. La compétence coopérative de l’humain est aussi présente dans le profil de l’Homme (femmes et hommes) que la loi du plus fort. Compte tenu de nos différences qui pourraient être autant de complémentarités, c’est la conjugaison dynamique des antagonismes et des synergies qui fait sortir des crises et avancer les projets, … SI dans le dépassement. Sinon, ce sont d’abord les surcoûts défensifs puis les chaos. Edgar Morin a déjà évoqué le risque de se retrouver dans une configuration Mad Max (et voyez dans quel état la nature y est représentée). Mais dans nos zones de non-droit nous y sommes presque, alors … !

Evelyne Pieiller rassemble les sources à partir desquelles la nature humaine se définie comme un ensemble de potentialités, … y compris génétiques pour les biologistes d’aujourd’hui.

Déjà Saint-Simon (1760-1825) avait proposé d’appliquer à la société, « corps organisé dont aucun organe ne peut survivre sans les autres (notons bien cela), les lois d’association et de coopération de l’organique (le corps humain). S’en décline la solidarité, d’où les principes de la protection sociale par l’État. Toutes les doxas socio-économiques qui nous tirent en sens contraire entrainent non seulement les humains (dont les tenants aveugles de ces doctrines) mais aussi la Nature, « droit dans le mur ». Cette pensée unique là, trop darwinienne, doit donc être placée au musée comme exemple à ne pas suivre.

Il existe un mouvement de pensée et d’action, identifiable depuis le XIXème siècle (ou alors bien bien bien avant), reformulé par Pierre Kropotkine (1842- 1921) et qui a failli bouleverser dans les années 60-90 les concepts de management tant public que privé après-guerre, mouvement donc proche des recherches d’aujourd’hui, celui de l’autogestion. « Pas de compétition (au sens de la seule loi du plus fort) c’est le mot d’ordre que nous donne le buisson, la forêt, la rivière, l’océan. Unissez-vous ! Pratiquez l’entraide ! »

En dépassement des coopérations importent les interrelations, les complémentarités des marginaux séquents, une tout autre vision  des couteuses oppositions : moi-l’autre-les autres ; rationnel-irrationnel-folie ; individu-groupe-société ; moderne-archaique-ancient ; matérialité-spiritualité-inconscient …

Mais, une question dialectique clé est posée : en quoi le respect de toutes les formes de vie et des interconnexions est-il, concrètement, émancipateur ?

Car la lutte contre l’injustice sociale, contre l’exploitation, contre l’aliénation, disparaît dans la célébration des interrelations .

Dans « Passages vers l’Ère à Venir », je développe ce constat en pointant les dangers des postures « bisounours » et la mode du « positivisme » aveugle.

Dans la forte résonance de ce qui monte, dans la critique sans se lasser (en évitant la mise de côté de toute réalité) de la pensée réduite à matérialiste  … il y a potentiel de dépassement.

Et la Nature en fait nous vient en aide ; l’actuelle pandémie planétaire du coronavirus Covid19 (après les cataclysmes précédents et avant les suivants) pourrait bien nous y contraindre, tous … et pour le coup à égalité (car nous allons tous de l’autre côté à poil sans un centime). Si nos « dirigeants » et leurs marionnettistes ne comprennent pas et ne callent pas, pour leur propre survie au moins, le prochain tsunami sera un peu plus dur, et ainsi de suite. Une étude récente ne montre-t-elle pas que la fonte du permafrost libère des bactéries depuis des lustres gelées endormies ?

Pourquoi ainsi ? Simplement (mais c’est très complexe en soi) car dans la nature, tout est étroitement intriqué, bien au-delà des capacités des « Sapiens ».

Vous avez dit « sapiens » ?

Ce N° du Diplo est le 793. En déclinaison de la science-tradition des Nombres, 793 donne 7 + 9 + 3 = 19 = 1 + 9 = 10 = 0+ 1 = 1. D’aucuns considèrent la lecture des Nombres comme une vaste blague, mais à tord si on se renseigne un peu. En effet la tradition en remonte aux plus anciennes sources orientales et méditerranéennes. Traditions certes gravement dévoyées à notre époque par de trop multiples charlatans qui pratiquent au pied levé sur un coin de table, … lesquels d’ailleurs ont plus conscience de jouer avec des chiffres que de prendre du recul en observant les Nombres. 

Le 1 vient donc là au second degré, mais décliné du 19 soient les Nombres du début et de la fin. Derrière les nombres, les mathématiques, où les sapiens sont loin d’avoir tout mis à jour.

Ce N° du Diplo est bien, à mes yeux, d’une exceptionnelle qualité au travers de tous ses articles.

Michel André Vallée  7 avril 2020

Une réflexion sur “Réinventons l’humanité ?”

  1. Cher Michel,Même si je n’en accuse que rarement réception, je lis toujours attentivement tes billets. Aujourd’hui (où j’ai eu une mauvaise nouvelle, pas une conséquence de la pandémie mais celle-ci n’a fait qu’ajouter à la dureté d’une disparition), je me permets une réponse très décalée : as-tu récemment écouté Viktoria Mullova (dans Pärt, Shostakovich, Bach… et même dans des albums de jazz)? C’est pour moi une découverte, au moins quelque chose à ne pas réinventer!https://app.idagio.com/profiles/viktoria-mullova/albums?utm_medium=profile-share&utm_source=pclBien amicalement à Mireille et toi,Gabriel 

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