Et oui, nous y sommes, … presque.

Le roman de science-fiction Le Successeur de pierre a été publié chez Denoël en 1999, et a obtenu en 2000 le Grand Prix de l’Imaginaire. Une métaphore frappante proche d’un dramatique devenir imaginable de nos deux sociétés, de dominance occidentale et de dominance chinoise. Il est certes bien moins connu que Solent Green ou Le Meilleur des Mondes, … mais il est utile de savoir que son auteur, Jean-Michel Truong, né en Alsace en 1950, d’abord enseignant-chercheur après des études de psychologie et de philosophie, a fondé la première société européenne d’intelligence artificielle (IA), avant de bien la revendre puis de s’installer en Chine comme conseiller d’entreprises de haute technologie.

Deux héros, un expert de l’informatique au top des meilleurs hackers, mais prisonnier comme presque tous de sa bulle dans l’une des cités pyramidales géantes où nous autres humains nous sommes laissé enfermer, … et un sauvageons libertaire, qui circule librement dans ce qu’il reste de la nature (au moins aussi dégradée que dans Solent Green), guerrier hyperdoué qui échappe aux razzias régulières des polices anti-dissidents, et qualifié de « terroriste ».

La large majorité des humains survivent donc dans ces bulles d’à peu près une pièce, super-équipée en terminaisons d’une gigantesque IA, laquelle répond aux besoins divers par des services dont la qualité est instantanément adaptée à la conformité des prestations de chacun à ses exigences. Pour la nourriture, facile à imaginer ; pour les rapports sexuels, le partenaire nécessaire se reconstitue dans la cellule le temps adéquat par téléportation (moins douloureux que dans Hypérion et Endymion de Dan Simmons).

Une élite restreinte vit, quant à elle, confortablement avec toutes les prestations 5 étoiles dans une zone assez vaste pour donner l’illusion des grands espaces et des saisons, donc non seulement hors sols comme nos gouvernances d’ici et maintenant, mais carrément déconnectée, totalement sécurisée. Celles et ceux-là ont compris, savent, « en sont », partageant une pensée unique qui ne se discute pas. Ceci pour la partie sous dominance occidentale.

Dans la partie sous dominance chinoise, la majorité des citoyens sont solidaires d’un système organisé sur un mode non confiné, chacun(e) disposant de bien plus de marges de manœuvre au quotidien, dans le respect du Dirigeant Premier, un Sage ancien qui a su préserver pour son peuple cette autonomie, donc dévoués au Parti. Là, pas besoin d’une élite hors sol, elle l’est de soi, chacun à sa place.

Le lecteur a déjà saisi les parallèles avec un état sociétal où nous en sommes … presque.

La planète est en train de se restructurer selon deux grands systèmes politiques et organisationnels ; il ne manque que quelques étapes pour que nous nous réveillons, déjà dedans sans plus y pouvoir mais … ou presque. Simplement, nous ne savons pas encore de quel côté va basculer l’Europe. Pour l’Afrique, les jeux en cours semblent indiquer l’Est.

Nous sommes déjà quasiment suivis à la trace, et bientôt serons équipés avec la prochaine génération de mobiles, distribués ou quasi-gratuits s’il le faut, par laquelle toutes communications et transactions devront passer.

Le confinement, nous sommes en train de l’expérimenter avec l’épisode Covid-19. Évidemment que les sociétés d’Intelligence aidées de systèmes algorithmes observent, enregistrent, nos façons de nous adapter, apparemment « pas si mal que cela ». Pas besoin d’immeubles géants comme dans le roman, le processus peut fonctionner tout aussi bien dans les maisons individuelles, si tous les logements sont suffisamment domotisés. En France, le Linky est un exemple parlant de pré-étape de cet état.

Une part non négligeable des populations trouve d’ailleurs un certain plaisir immédiat à être quasi intégralement « pris en charge » sans effort apparent, … devenue incapable de percevoir à quel point elle est mise en dépendance ; la « flemme » présente une potentialité redoutable pour les technocrates du haut du panier. La peur du non-sécuritaire justifiera la judiciarisation des organisations adéquates.

Quant à la zone sous dominance chinoise, la culture ancestrale partagée paradoxalement porte l’adhésion collective à un Parti unique. Cette orientation saura s’adapter et évoluer pour achever de construire un système spécifique distinct du système néolibéral opposé devenu totalitaire.

Kai-Fu Lee a publié en 2018 (2019 pour la traduction française) I.A. La plus grande mutation de l’histoire, aux Éditions « les arènes ». Clair, précisément instruit, sans appel. Il a travaillé dans les meilleures structures « américaines » avant d’être un des principaux développeurs de l’I.A. en Chine.

Hier soir, dans les dossiers du mardi de ARTE, trois documentaires qui actualisent là où nous en sommes de la reconnaissance faciale, des développements actuels et attendus de l’I.A., et de la haute fréquence de la finance par les robots traders. Celui sur l’I.A. est un peu « romantisé » quant aux illustrations. MAIS il nous informe que les systèmes I.A. en cours de perfectionnement sont déjà capables de se développer par eux-mêmes et que la marge d’autonomie qui nous reste à nous humains (aux plus doués et compétents des humains) est d’orienter dans le sens de nos éthiques leur « motivation » pour continuer.

Le principe de réalité nous dicte que si sur une chaîne de télévision grand public, « on » nous en parle, même sur ARTE, cela signifie que c’est déjà fait, … partant que nous ne pourrons faire autrement que d’en assumer les conséquences.

La flemme de changer, c’est fini, sauf à choisir de redevenir esclaves (ex-moujiks et manants, sans-dents ou riens de tous poils) ; l’effort permanent tant individuel que collectif est devenu incontournable si nous choisissons une nouvelle forme d’autonomie en coopération avec nos robots. Kai-Fu Lee a bien choisi dans son titre le mot « mutation », comme tous les penseurs qui voient loin, des Hawking, Morin, etc …Chaque mot est pesé, … et les robots ne rigolent pas.

Sujet inspiré par Mireille Vallée

Michel André vallée              22 avril 2020

Je me suis réveillée. dans le scénario du Successeur de pierre.

La perte de liberté de se déplacer, de choisir ses compagnons, qu’il n’est même plus possible de rencontrer en chair et en os, de penser et d’inventer, même d’imaginer…

La perte de pouvoir faire, créer, donner et recevoir d’un autre humain …

Sauf par ce que le système (les quelques-uns qui profitent), veut bien nous donner en fonction de SES désidératas et de SES intérêts.

Le système nous fera disparaître le jour où nous deviendrons inintéressants.

Mireille Vallée

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s