SER LLIURE

Premiers jours de juin 2022, trois éditoriaux de Vicent Partal marquent un terme à quatre ans et demi de persécutions en Catalogne « espagnole », et ouvrent un nouveau temps long pour le mouvement d’Indépendance de cette Nation-Région d’Europe.
Rappel que Vicent Partal anime et dirige l’excellent journal internet VilaWeb, en catalan bien entendu, de dimension internationale, et en est le premier éditorialiste. VilaWeb est explicitement engagé dans la cause de l’Indépendance de la Catalogne, Sud et Nord, et depuis ses débuts assure un travail sans faille d’objectivation, tant sur les événements et faits des Paisos Catalans, au Sud comme au Nord, que sur tous les aspects socio-économiques et culturels des choses de la vie qui peuvent être éclairants (en rapport avec la vie de la Catalogne) en regard de l’Espagne, de l’Europe, de ce Monde. Toujours en appuyant l’objectivation sur une argumentation précise et claire, enrichie d’une réflexion de fond à la portée de tous.

Dans ces trois éditoriaux successifs « I perque no » N° I, II, et III, au terme de « quatre anys d’infern » ( depuis octobre 2017) Vicent achève d’expliciter l’analyse de la dégradation progressive des »grands » Partis indépendantistes depuis le départ du Président Quim Torra, leurs mouvements de palais et collaborations de plus en plus nettes à plusieurs titres avec le gouvernement social-démocrate espagnol.
Pendant ces quatre ans et demi, après les plus de 1000 bléssés du fait des actes de la Guardia Civil espagnole l’1 d’Octubre, plus de 5000 catalans ont été poursuivis par la justice et le fisc espagnols sans fondements, par une tactique de judiciarisation et une rigueur hors de mesure, des peines absurdes disproportionnées, … et le cauchemard continue.
Les prises de position claires de plusieurs autres Pays européens, de l’ONU et plusieurs autres instances internationales, de multiples personnalités et experts d’orientations très diverses, pour dénoncer les violations des droits de l’homme et des peuples à décider d’eux-mêmes (nous sommes en Europe quand même), … rien n’y a fait. Dans un déni et un dédain fascinants, les instances et clans conservateurs réactionnaires castillans poussent ce qu’il a fallu finalement accepter de voir comme une guerre, jusqu’au bout. Il est donc devenu net que, là où l’Espagne en reconnaissant de bonne grâce la volonté d’indépendance de la majorité exprimée des catalans, aurait pu renforcer son meilleur allié, la réaction néo-franquiste espagnole ( car plusieurs Régions d’Espagne sont impliquées) est « l’ennemi ». La fracture, comme tant d’autres en cette période sur cette planète, sera longue à se cautériser. Si elle peut se cautériser un jour, car le conflit remonte loin dans l’histoire.
Lire, outre les nombreux ouvrages en catalan tels « Nou homenatge a Catalunya » de Vicent Partal, l’excellent ouvrage en français « La Catalogne et l’Espagne Les clés du conflit » sous la direction de Dominique Petitdemange et Marie-Christine Jené.

Tout cela est connu ; les sources, multiples, sont disponibles aisément.

Ce que propose, en cohérence avec le repositionnement des grandes sociétés civiles catalanes, Vicent dans les trois « I perque no », c’est bien d’enregistrer-accepter-introjecter l’état « abimé » du mouvement de l’Indépendance, de ne plus tenir compte des soi-disant grands Partis indépendantistes, de se fier et fonder de nouveau sur le peuple, par le peuple, pour le peuple. Partant, de reconstruire une démarche et une stratégie nouvelle, éclairée, adaptée, véritablement démocratique, engagée. Soit de comprendre, vouloir et agir de nouveau selon le temps long. Car, sociologiquement et culturellement, les signes de l’engagement observables de toutes parts parmi les catalans ne manquent pas. Les alliés et appuis à l’étranger sont nombreux, dans de nombreux Pays et instances, dynamiques.

Oui, le mouvement indépendantiste n’était pas suffisamment préparé autant que ses animateurs le pensaient et prétendaient juste avant le 1er octobre 2017, tel que nous avions pu l’entendre aux plénières de l’Universitat Catalana d’Estiu à Prades l’été 2017. Dans l’illusion des postures supposées a priori des autorités de l’UE, où seule la Cour de Justice se comporte correctement, quand la CE s’est systématiquement mise la tête sous le sable, et a choisie comme Ministre des Affaires Étrangère un social-démocrate espagnol fade qui s’est laissé humilier à Moscou. Dans l’incapacité d’occuper le territoire dont les frontières, et de tenir tête frontalement (à l’époque les Mossos d’Esquadra n’étaient pas récupérés par les autorité espagnoles comme depuis). Dans l’incapacité d’annoncer au Monde un programme fort porté par un gouvernement homogène, occupant ainsi le terrain politique, et obligeant l’Europe à se poser.

Dans l’immédiat, au vu de l’attaque systématique néo-franquiste récente sur le programme éducatif d’immersion linguistique, on comprends encore plus à quel point la promotion (au-delà de défense) de la langue catalane est primordiale. C’est évidemment une démarche de temps long.

Si je peux me permettre, je terminerai ce billet en mettant en doute, stratégiquement et tactiquement, le choix de la non-violence. La référence, dans les formations à la non-violence, de l’acte de cette jeune femme « de couleur », qui a refusé de laisser sa place dans un bus d’un État du Sud des USA (largement présenté sur ARTE), tente de prouver que cet acte (en fait soigneusement préparé puis valorisé en communication par le « Mouvement Civique ») a permis une avancée significative. Certes les avancées sont là, en regard de l’état des pratiques après-guerre, … mais qu’en est-il aux USA aujourd’hui, autant fracturés que juste avant le guerre de Sécession ? Certes, nous savons que la non-violence est dans les gènes de la société catalane. Mais justement, le fond de violence du paradigme culturel castillan est aussi profondément intriqué, systémique et historique que le fond de violence inter-racial aux USA. TINA (there is no alternative). Puis-je ici me permettre d’évoquer qu’il convient de changer de stratégie ?

Ser lliure veut dire « être libre ». À suivre…

Michel André Vallée 4 juin 2022

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