Culture de la Castille … en creux. Indépendantisme … et non séparatisme catalan.

Comme l’historien catalan Joan Villanove le rappelle assez régulièrement au fil des Cartas del dimecres, la tension, permanente et de période en période très vive, entre Catalogne et Castille remonte au temps où les rois d’Espagne, à partir de 1516 au moins et tant de fois depuis, ont dénié le statut historique de la Grande Catalogne et imposé à toute une Nation le paradigme centralisateur (appelé en France « jacobin ») de la Castille.

De nombreux historiens catalans et de plusieurs autres cultures d’Europe et du monde développent, avec tant de sources validées à l’appui, ce phénomène qui s’est étalé des siècles et continue dans la violence de nos jours, exacerbé depuis l’1-O (1er octobre 2017).

Depuis cinq ans que j’ai choisi de vivre ici, j’ai étudié de nombreuses sources. D’abord La guerre d’Espagne de Anthony Beevor, puis d’autres sources sur toute cette période en Catalogne, des ouvrages de Joan, La Catalogne et l’Espagne, Les clefs du conflit par un large collectif d’auteurs animé par Dominique Petitdemange et Marie-Christine Jenè, l’ Historia Mundial de Catalunya dirigée par Borja de Riquer,  de nombreuses publications de Vicent Partal, … et écouté les conférences données en Catalunya Nord par Ramon Gual père et plusieurs autres témoins, les conférences et cours à l’Universitat Catalana d’Estiu, etc …

Il est juste d’y reconnaître que la passion, l’attachement, y sont toujours relativisés, pondérés, par l’objectivation, la raison, la production des références.

Ce n’est pas ce qui se trouve dans un article de deux pages du N° 27 de Mai-Juin 2020 de la sérieuse revue de géopolitique CONFLITS, sous le titre Les racines intellectuelles du séparatisme catalan.

Si j’en parle ici et écris en conséquence cet article, c’est :

  • d’une part que là est franchement posé, crument, directement, ce que j’ai trouvé souvent de façon contournée dans de nombreux autres supports français. Et la diffusion large de cette image, reçue par beaucoup de gens, contribuant à forger leur compréhension et leur conviction, pose problème.
  • d’autre part que la période est critique pour le mouvement indépendantiste catalan, plusieurs clans politiques faisant courir à l’ensemble du mouvement des risques clairement analysés tant en Espagne que dans plusieurs supports internationaux sérieux, … quand l’UE, tant au Parlement qu’à la CE, maintient une distanciation « prudente ».

L’auteur de l’article, Nicolas Klein, agrégé d’espagnol, introduit en citant Josep Manuel Ximenis, membre de la CUP, qui aurait déclaré « En Catalogne, dés le départ, l’on voit comment s’établit une société diamétralement opposée à la société féodale castillane. Et il s’agit d’une réalité historique et d’une structure qui crée ses inepties. La Castille se résume à une simple hiérarchie d’agriculteurs et d’aristocrates. Rien à voir, donc. La mentalité castillane porte dans ses gènes une acceptation naturelle : «être commandé ». Cela n’a jamais changé et ne changera jamais ».

Bien entendu, comme toujours, il serait d’abord convenable de resituer le contexte d’une telle déclaration, comme pour toute expression. Mais là est donné le ton de l’article, qui exploite ce propos pour développer le procès d’intention d’une attitude systématique de supériorité et de condescendance de la part des intellectuels catalans envers les espagnols, dénommés « castillans », … trait en soi qualifié de «discours haineux ».

Il continue ses démonstrations en citant Joan Cardona (Unité de tuberculose expérimentale de l’Institut Germans-Trias-i-Pujol ; « … c’est pourquoi la République nous permettrait d’augmenter les investissements dans la recherche et de nous placer à la pointe … si nous restons dans un État dirigiste nous n’y parviendrons jamais ». Et pourtant, en l’occurrence (je ne sais pas par ailleurs) Cardona a raison, et il n’est que de voir la qualité et l’ampleur des investissements de haute technologie en Catalogne pour constater que tant d’économistes et scientifiques venant de loin ont compris. Puis il cite Oriol Junqueras, Jordi Pujol, … jusqu’à Joaquim Torra, l’accusant d’être sensible à l’Italie de Mussolini. Bref, les penseurs et dirigeants catalans seraient suprématistes et racistes. Pour conclure que le nationalisme catalan « est loin d’être inclusif », contrairement à ce que les intellectuels et militants catalans en diraient ! Il serait xénophobe et « ne peut donner que des fruits vénéneux ».

Comment à ce point ne pas connaître, ignorer, les réalités de l’histoire, depuis, par exemple, les fondements par un Grand ecclésiastique, l’Abbé Oliba, dés 1027.  

Ainsi, lorsque l’auteur date la naissance du nationalisme catalan dans la seconde moitié du XIXème siècle, il montre ne pas connaître l’histoire et est en retard d’au moins six siècles, soit avec les Corts en 1214-8 ; il est trop facile de balayer d’un revers de main le travail des historiens sur les 700 ans de confédération catalano-aragonaise en les qualifiant de « fadaises ».

En 1640 la guerre des Segadors a défendu le modèle Républicain d’organisation de la société. Depuis le décret de la Nueva Planta en 1716, régulièrement l’ensemble du peuple catalan va perdurer et manifester son identité pour se démarquer de la monarchie absolue castillane. La première grève ouvrière générale aura lieu en 1855.

Toute la période depuis la proclamation de la République en avril 1931 est mieux connue, … et témoigne malgré les exactions des dictatures de la même constance dans la conscience collective et le vouloir d’être.

Disons tout de suite que tous les espagnols non-catalans ne témoignent pas du référentiel, du logiciel, du paradigme culturel décrit ci-dessus et ci-dessous. Il n’est pas besoin d’être grand clerc en sociologie pour savoir que dans tout groupe culturel et collectif important, se distinguent des sous-groupes dont les orientations et les styles peuvent être très contrastés et aller du plus ouvert, humaniste, tolérant, au plus violent et réactionnaire. Par ailleurs, comme toutes les Nations-États de l’Europe (et du Monde), l’Espagne est un puzzle de Régions nettement distinctes (soulignons dont les « autonomies » des Régions ne sont pas identiques ?). L’Alsace n’est pas la Bretagne ni la Corse ; l’Andalousie n’est pas le Pays Basque ni la Galice. Tous les États-Nations du Monde sont des construits historiques toujours susceptibles d’être remis en question ; par exemple actuellement la Californie marque explicitement sa distance d’avec le reste des Etats-Unis, la Hongrie provoque clairement l’UE aux limites de l’actuel « tolérable », l’Écosse fourbie ses armes pour une nouvelle tentative d’indépendance.

Mais, effectivement, pour un bloc culturel historique de celles et ceux qui s’y reconnaissent, le logiciel mental de la Castille, devenu Espagne par colonisation progressive des Provinces environnantes, ne peut « voir » les réalités autrement ! C’est le premier trait fort qu’il importe d’accepter de comprendre.

Le paradigme en est d’une image de soi et des relations avec autrui de conquérants, de conquistadors, et non de coopérations. C’est un monde de domination et de vie dans l’exploitation d’autrui. Le machisme dans la considération des femmes et dans le porté, la tenue, est en cohérence ; même les films crûment volontairement critiques de cette sociologie des relations de genre, par exemple ceux d’un Almodovar, transpirent de ce regard et des violences liées. Le monde méditerranéen est marqué depuis les plus lointaines traces archéologiques par les mythes du taureau, mais en Espagne, tant à Madrid qu’à Ronda (Andalousie), les cultes sont devenus le rite violent et sanglant de domination que nous connaissons avec la corrida ; la culture catalane ne s’y est pas trompée qui y a renoncé, ni le Portugal qui garde des jeux mais a de longue date renoncé à la mise à mort.

Tout se passe comme si la culture castillane, devenue espagnole, était donc dans l’incapacité de percevoir, constater, retenir, considérer toute autre culture, même pas le négociatoire, encore moins bien entendu intégrer, …. Toute autre forme de pensée et mode de vie ne peut alors être que hors de cette façon brutale de sentiment de l’honneur, de possession conquérante. C’est une forme sociétale effectivement archaïque du « there is no alternative » (alias TINA) économique des néo-libéraux contemporains, … mais tout autre. Cette forme est encore subconsciemment fondée sur l’économie de l’esclavage, féodale. Alors que l’économie de l’esclavage remonte quand même en tant que modèle de société à plusieurs siècles en arrière, même si elle est encore pratiquée dans plus de Pays qu’il n’y paraît, masquée (mais tolérée comme la finance internationale intègre l’économie du crime dans ses compte et critères de gestion).

Bien entendu, si compte tenu des tendances géopolitiques lourdes de notre temps, en Occident le système politique de démocratie est le référent officiel, et si l’Espagne sortant de la dictature franquiste n’était plus en capacité d’assurer l’isolement dans une UE économiquement désirable, les rapports de force ont imposés une Constitution clivée, à la limite du recevable institutionnel, mais qui préserve le fond d’un système vertical et des anciennes prérogatives. Le pouvoir de l’Ejercito (Armée) est garanti, soigneusement autoentretenu, pendant que la Justice est intégralement détenue par la pensée unique du clan néo-franquiste. C’est une Constitution « temporaire », qui dure. Sa gouvernance a utilisée toutes les tentatives d’avancées catalanes, et plus généralement authentiquement démocratiques (le moins pire des systèmes selon Churchill), pour récupérer pas à pas en réaction ce qui avait été concédé. La récupération dans ce type de culture et de contexte se base sur la judiciarisation, laquelle dans l’affaire catalane est, à l’évidence aux yeux de tant d’autorités et médias internationaux hors Espagne et France, radicalement raide. Droit dans les bottes au point d’être comparable aux pratiques frontales des autres systèmes autoritaires actuels ou récents hors zones Occident. Depuis l’1-O il n’y a pas en Catalogne du Sud envers la population ou à Madrid envers les prisonniers politiques de semaine sans exaction grave.

Pas étonnant que le mouvement indépendantiste soit qualifié de « séparatisme », et, dans d’autres supports de moindre qualité mais qui développent la même image, de « terroriste ».

Alors, il convient de voir clair, que seul le rapport de force direct compte, est considéré comme respectable et viril. C’est le second trait fort qu’il importe d’accepter de comprendre. C’est « la Loi » (au sens de La Loi d’un Roger Vailland), quitte à prendre le temps de toutes les manœuvres imaginables, en disposant aisément des budgets adéquats pour cela (les Partis dits « de droite » espagnols sont connus pour être parmi les plus corrompus d’Europe).

En conséquences, permettez plusieurs remarques :

  • Il est incorrect d’envisager négocier quoi que ce soit avec les clans décideurs d’une telle culture, et il importe de se faire, au plan même de l’éthique, à l’idée que seul le rapport de force permettra de se rapprocher de l’objectif catalan d’indépendance. Même remarque pour l’objectif de « démocratie » pour l’ensemble de l’Espagne. Si le rapport de force l’emportait, alors il sera toujours temps de mettre en œuvre un long processus de rééducation socio-culturelle.
  • Poser, exprimer, expliciter, adapter en permanence, non pas Un mais LE Projet de société, selon un dessein collectif cohérent. Sans Projet, pas d’Unité pérenne. Ne pas confondre objectif (l’indépendance) et Projet : quelle Catalogne État sous forme de République, quelles orientations en tous domaines dans une vision long terme.
  • Le rapport de force, il importe alors de le reconstruire, développer, autant que de besoin (c’est actuellement le cas). Reconstruction d’une part en liant mouvement du bas (le peuple dans ses diverses composantes) et mouvement du haut (tous les dirigeants politiques et associatifs, les intellectuels, les financeurs …), d’autre part en liant mouvement de l’intérieur (suffisamment de zones avec degrés de liberté connectés entre eux pour éviter tout encerclement réducteur) et mouvement de l’extérieur (alliés explicites et potentiels, appuis internationaux de connaissances et expertises en toutes matières, apports d’oxygène, zones de repos-résilience et de repli …). Tout cela dans un esprit de combat.
  • Éviter de n’exister que dans la plainte et dénonciation de toutes les « mauvaises actions » de … , cependant tout en les faisant systématiquement connaître. Pourquoi bien des fêtes catalanes sont celles de défaites ? Agir dans le rapport de 2/3 de l’énergie en développement (pas moins) et 1/3 de l’énergie en défensif (pas plus) ; il s’agit là de temps passé, de budgets, de moyens investis …

Car si l’on reste dans la dénonciation, on reste en dépendance de « l’ennemi » qui maîtrise alors l’initiative à son gré.

  • Comprendre et intégrer, sereinement, que les personnes et collectifs qui sont de la culture castillane telle que décrite entendent et entendront tout propos pointant, décrivant, dénonçant leurs paroles et actes comme orgueil, sentiment de supériorité, condescendance, signe de faiblesse … , partant radicaliseront leur compréhension et réaction partagée entre eux. C’est de l’énergie gaspillée, et il est utile d’apprendre entre tenants du changement de société à muter la colère en force pratique.

Sauf … à choisir la politique du pire, … mais alors être prêt à tenir jusqu’au bout et se donner les conditions concrètes de l’emporter (avec un plan B et un plan C).

Oui, ce qui est avancé là est, pour la tradition culturelle catalane, telle qu’elle ressort de la grande majorité des écrits et des propos et des pratiques, telle que je l’ai comprise à ce jour, un dilemme difficile en notre période. Il n’est pas adapté aujourd’hui d’avancer le pacifisme, qui remonte pourtant pour la Catalogne à Oliba lui-même, de choisir la stratégie de la non-violence trop exclusivement, …sans y renoncer totalement pour autant. Guifré lui avait pris les armes pour engager la Reconquête. Le pacifisme a fait oh combien ses preuves ailleurs au fil de l’histoire, … mais, là aussi, ne peut pas être senti tel une pensée unique.

Il en est d’autres. Un Dessein juste a toujours le choix.

Michel André Vallée              17 mai 2020

POURQUOI LA RÉPUBLIQUE DE CATALOGNE SERA PROFITABLE À L’EUROPE …

Les catalans sont en majorité pacifiques, et en même temps déterminés, … dans les deux cas de tradition culturelle plusieurs fois centenaire. Mais si « on » les attaque de façon illégitime ils savent se battre ; ils l’ont prouvé pendant la guerre d’Espagne, et le prouvent encore (au minima nécessaire) encore aujourd’hui.

Ils donnent par leurs débats politiques internes, mais aussi les institutions qui font liens entre le mouvement du haut et le mouvement du bas, l’exemple d’une démocratie qui vit, au travers de ses rivalités internes comme partout MAIS de leurs dépassements stratégiques bien compris. Les associations de société civile catalane qui entretiennent ces liens entre mouvement du haut et mouvement du bas donnent dans la pratique l’exemple des principes essentiels de la démocratie.

Ils valorisent en permanence une culture historiquement riche à tous niveaux, millénaire, et continuent de l’enrichir en faisant preuve d’innovation, d’originalité, d’audace, tant dans les sciences que dans les arts ou le commerce… spécifiques et appréciées dans le Monde.

Ils ont toujours été et continuent d’être dynamiques et toniques en économie. À preuve leurs résultats continus malgré la ponction volontairement écrasante de l’Espagne jalouse, qui traite la Catalogne comme une colonie. À preuve le choix de ce Pays par de nombreux et divers grands investisseurs étrangers.

Qui traverse la Catalogne en long ou en large voit bien l’activité du tissu économique, les productions diversifiées, les nombreuses PME et TPE partout, fournissant l’autosuffisance. En Catalogne, on sait travailler. L’élection récente d’un proche de l’ANC (Assemblea National Catalana) à la Chambre de Commerce est significative.

Avec ces résultats, les autorités catalanes investissent dans les services et fonctions publics utiles et nécessaires, d’où les qualités reconnues au plan international des universités, l’orientation alternative tolérante du système éducatif, l’état des services de santé, l’adaptabilité au services de la population des services de police catalans, des pompiers …

L’indépendance de la Catalogne fera évidemment effet domino, dans les autres Pays Nations composant actuellement l’UE. C’est déjà là une « tendance lourde » (en terme de géopolitique). Cette dynamique contribuera à transformer l’Europe en une Fédération de Pays (ex-Grandes Régions) chacun cohérent en son sein, … mais conscient des enjeux globaux. D’où l’engagement dans cette Fédération à re-Constituer, nouvelle Puissance de l’identité Europe sur cette planète.

Partant engagement dans la gouvernance européenne avec la réalité des représentations des identités populaires et culturelles : Écosse, Irlande réunifiée, Lands allemands, Régions italiennes, véritables Régions françaises (à recomposer pour corriger le récent absurde « regroupement »), Régions polonaises, Régions libérées d’Espagne (reconstituées si identité actée par référendum par-delà les actuelles frontières), Chypre réunifiée …
Ainsi les peuples ayant regagné leur souveraineté s’y reconnaitront plus authentiques et apporteront plus de force à l’ensemble de l’Europe. Elle imposera aux autres puissances sa réalité au lieu de se contenter d’être un immense marché soumis, sapé par les lobbys, passoire de la dégradante mondialisation néo-libérale, … et redeviendra respectée comme Puissance parmi les autres, ni plus mais ni moins. En conséquence, elle ne pourra que se libérer de l’emprise atlantique et constituer immédiatement la CED (Communauté Européenne de Défense) que Mendès France avait proposé en son temps.

Les principaux textes et déclarations disponibles montrent sans ambiguïté comme la Catalogne a compris pouvoir être dans sa nouveauté un des phares pour l’Europe.

Dans la réalité culturelle du XXIème siècle, qui en est déjà au cinquième de sa durée ( !), l’institution de la royauté qui ne correspond plus depuis longtemps à rien, sera devenue un musée exemplaire des erreurs et abus du passé. L’histoire de la Catalogne envers ses propres rois est à ce titre exemplaire.

Respect au quotidien des pratiques philosophiques et religieuses diverses, ainsi que sa pratique de l’accueil, vont de pair avec un esprit tant de primauté de  laïcité que de tolérance dans la simplicité, mais de vigilance nette envers tout prosélytisme. À Montserrat, exemplarité libre et non prosélytisme. La Catalogne ne craint pas les populismes. Et elle sait descendre dans la rue massivement en tant que de besoin, dans la dignité. El Consell per la Republica, qui vient de s’instituer pour préparer librement la prochaine République, se positionne clairement dans le respect de la transversalité entre les orientations politiques.

Tout cela concerne plus la Catalogne du Sud (encore pour peu de temps dans l’actuelle Espagne) que la Catalogne du Nord, cette dernière ayant subie plus de trois siècles le jacobinisme centralisateur français.

Bien évidemment « on » y trouve à l’occasion aussi, comme partout, des tordus, des pervers, des manipulateurs, des égarés, des réactionnaires, des malveillants, … ; mais, à prendre du recul sur l’ensemble de l’Europe, dans une proportion liée aux dérives naturelles de l’humain, et, sociologiquement, « normale ». Cela n’est en soi qu’une réalité « gérable », dans une culture et une économie saines. En tout cas difficile d’observer le climat de dégradation qui marque l’actualité de trop de zones ailleurs en Europe dans les années 2000-20.

Certes, vue de l’extérieur, il est possible à certains de considérer qu’une autonomie poussée et respectée, dans des règles (dont économiques) équitables, auraient suffi, sans créer en UE un État de plus ! MAIS, l’attitude coloniale et rétrograde, violente, du néo-franquisme de la Castille & dérivés,… que ladite UE n’a pas eu la fermeté de réguler, a inéluctablement mené les catalans à choisir l’indépendance sous forme de République. C’est justement là par leur expérience une des facettes de ce qu’ils vont apporter à l’Europe. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris tant d’observateurs internationaux d’orientations culturo-politiques diverses.

COMPRENDRE   >>>   VOULOIR   >>>   AGIR

Quelques repères (parmi des milliers d’autres) :

Joan Villanove, « Les catalans ont tout pour étonner le monde » , Éditions El Far 2017

Borja de Riquer ‘ « ss la Dir. de », Historia mundial de Catalunya, Éditions 62  2018

« La Catalogne et l’Espagne, les clés du conflit », collectif d’auteurs, Balzac 2018

Vicent Partal, « Nou homenatge a Catalunya », ara llibres 2018

Michel André Vallée               26 janvier 2020

DIADA du 9 novembre 2019 à Perpinyà, après le verdict du 14 octobre

La Diada de 2019 marque les 360 ans de signature entre les Rois de France et d’Espagne du Traité des Pyrénées, par lequel le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir et la moitié de la Cerdagne passent sous couronne française. Acte illégal car sans consulter les Corts Catalanes, et illégitime car contre la volonté des catalans. À partir de quoi les deux États mettent en œuvre des politiques de colonisation et de répressions des identités et structures catalanes, notamment dans la réduction de l’usage de la langue, tant administrative qu’au quotidien. Le dictateur Franco a préparé avant sa mort une monarchie parlementaire qui n’a que l’apparence d’une démocratie européenne, quand les structures militaires, judiciaires et de police n’ont été adaptées qu’en apparences ; ce sont ces mêmes structures qui assurent la répression actuelle contre la Catalogne au sud des Pyrénées.

Et aujourd’hui, en octobre-novembre 2019 ?

Lorsqu’un système, un État, sont sur le point de vivre une transformation radicale, une Révolution, l’histoire montre qu’il se produit toujours un moment, un évènement clé, d’une importance significative, à partir duquel toute la donne change, puis ce qui est à venir devient inéluctable. C’est ce que Vicent Partal a expliqué par son éditorial exceptionnel du 13 octobre, la veille du verdict, dans Villaweb. Dans la démarche d’indépendance de la Catalogne se libérant de l’Espagne, le moment-clé a été le verdict du Suprem au terme du procès des prisonniers politiques sur toute cette année 2019. À partir de ce moment, pour un État devenu, au fil de dégradations successives, totalement fondé sur l’empilement de couches  de mensonges visant à se couvrir l’une l’autre, explosera un déséquilibre tel que cet État ne peut que s’effondrer, … comme un château de cartes.  

Au terme de ce procès, il s’est avéré impossible au Suprem de démontrer la rébellion. Il essaie alors de se légitimer en inventant des prétextes de sédition, contre de toute évidence l’absence d’objet réel, tant aux yeux de la population catalane et d’une partie de la population espagnole, qu’au yeux de l’essentiel de la communauté internationale, … si on met de côté les silences de la CE et de la France, ou l’avis de la Turquie dictatoriale. Il a été démontré que pas un seul euro sur les budgets de la Generalitat ni aucun budget public espagnol n’a été dépensé pour financer le referendum 1-O de 2017. Donc aucun objet à ce procès.

L’opinion internationale regarde incrédule cette sentence du 14 octobre en pleine Europe, et ne comprend pas encore vraiment ce qui se passe. Elle ne voit pas encore clairement les enjeux pour la Catalogne, pour l’Espagne, pour l’Europe. Les enjeux ? : la Catalogne ne va pas seulement recouvrer de nouveau dignement sa liberté, se libérer d’être la dernière colonie de l’Espagne, la Catalogne indépendante sous forme de République, proclamée de fait le 27 octobre 2017 par le Président Puigdemont, va être un exemple et un phare d’une nouvelle forme de démocratie dynamique, au cœur de l’Europe à reconstruire.

Le moment clé ayant donc eu lieu le 14 octobre, la marche vers l’issue est en route et ne s’arrêtera plus.

Le 18, le succès de la grève générale  a été un tremplin définitif vers l’objectif ; ce succès, avec toutes les marches, les rassemblements-manifestations constants, l’occupation d’El Prat, et milles autres initiatives dans toutes les villes de Catalogne, y compris Catalunya Nord, … maintient le Pays dans l’esprit du 3-O.

L’idéal, selon le choix de non-violence active des catalans, aurait été l’acceptation par l’Espagne d’un referendum d’indépendance, mais  …

  • L’État espagnol a brulé toutes les possibilités de négociation pour y mener, ne mettant en œuvre que la répression gratuitement violente. Il n’a jamais compris que la Catalogne indépendante aurait pu être son meilleur allié.
  • A la différence du 3 oct 2017, la plupart des gens pensent actuellement que ni le gouvernement ni la classe politique sont exactement en phase avec la réalité historique de ce qui est en cours. Les manœuvres politiciennes ne sont plus crédibles que pour une minorité, la grande majorité est devenue méfiante au vu de ce qui s’est passé depuis deux ans.
  • Aussi la grève générale a aussi pour objectif de sortir la classe politique de ses atermoiements, les élever et booster dans la réalité, les replacer en relation avec la rue, indépendamment des petits enjeux d’élections imminentes en Espagne.

Après depuis un et deux ans l’appui de nombreux Pays (Belgique, Finlande, Danemark, Portugal, Écosse, plusieurs Lands allemands, Suisse, Slovénie, Québec, Irlande, Islande…) et de nombreux collectifs d’experts de haut niveau (géopoliticiens, sociologues, économistes, philosophes, juristes …), dont l’ONU, même le Financial Times « explique », encore cette semaine, que les sentences d’emprisonnement ne peuvent résoudre la « crise » catalane !

La grève générale et ses suites sont une démonstration de la disposition du peuple à résister à quelque agression que le système en place à Madrid continue à faire, tous les jours.

Pour Elisenda Paluzie, Présidente de l’Assemblea (ANC), Jordi Sanchez étant en prison, l’État espagnol et la police sont responsables, concrètement sur les terrains, des violences, blessés, depuis le verdict. Avis aisément vérifié avec le recoupement de tous les témoignages, vidéos…, qui mettent bien en évidence : qui attaque, comment, avec quels moyens.

Déjà une semaine après le verdict (mais cette triste liste continue de s’allonger) :

  • 579 blessés. Attitude ultra-violente de la police notamment toutes les nuits.
  • 4 personnes ont perdu un œil.
  • 179 personnes sont détenues.
  • 28 sont emprisonnées.

Pendant ce temps :

  • la Présidente du Parlement Carme Forcadell et le vice-Président Oriol Junqueras restent emprisonnée.
  • de même plusieurs membres du gouvernement.
  • les dirigeants de l’Assemblea et de l’Omnium cultural, Jordi Sanchez  et Jordi Cuixart , de même.
  • 7 membres des Comités de Défense de la République sont détenus sans preuves.
  • le Président Puigdemont et plusieurs conseillers sont encore forcés à l’exil.

La Catalogne vit au jour le jour un état d’urgence démocratique.

Encore ces derniers jours, l’État espagnol continue de poser ses pions sur tous les champs :

  • pression sur le Tsunami democratic, tenter de le fermer après l’avoir qualifié de « terrorisme ».
  • fermeture de l’exposition « 55 photos pour la Liberté » à Tortosa. Un État qui a peur de l’Art !
  • le décret « de sécurité » du Premier ministre PSOE Sanchez, véritable acte de dictature.
  • injonction de la vice-Présidente d’Espagne à la Belgique de livrer Carlos Puigdemont ! Acte qui atteste du dédain de la séparation des pouvoirs ! Injonction liée à reconnaître la « démocratie » espagnole en l’état, alors que cette Constitution est inachevée, violée, et ce que l’on sait de ses graves dysfonctionnements. Injonction assortie d’une menace contre un des Pays de l’Union, ignorant que dans ce Pays les trois régions le composant sont et se vivent à égalité de statut. C’est là un acte qui signe la perte de contrôle de l’exécutif espagnol actuel, et qui devrait achever de ridiculiser ce gouvernement et ses alliés, de quelque orientation qu’ils soient, aux yeux de tous les institutionnels sérieux.

Depuis cette première semaine, le peuple est dans le bon sens en profitant des départs de la police pour occuper en permanence la rue, mettre en évidence l’injustice de la sentence et de tout ce que les gens ont vu, pour défendre leurs enfants, réclamer la libération de tous ceux qui ont perdu la liberté.

Car la rébellion efficace contre la répression, le questionnement systématique du pouvoir de l’État, la critique sans faiblesse de la tentative de criminaliser l’indépendantisme … invalident de fait la stratégie répressive de l’État

Fin octobre, un sondage basé sur un échantillon de 1200 personnes donne les partis indépendantistes majoritaires tant en voix (58 % en ne tenant pas compte des abstentions) qu’en sièges.

L’État espagnol continue dans sa mentalité d’inquisiteur.  C’est sa nature comme le scorpion qui pique à mort la grenouille ; il ne peut pas s’en empêcher. Après 2 ans de répression, constatant qu’ils n’ont fait que renforcer la détermination des catalans, les Partis non-indépendantistes se concertent sur le moyen de réduire l’autonomie de la Catalogne dans les mois qui viennent : retour au 155 ou même état d’exception ? Ils vont tenter de tout diriger  directement depuis Madrid :

  • l’école publique
  • les délégations extérieures
  • TV3
  • L’intégralité des Mossos d’esquadra
  • … tout

… en supprimant le Parlement, le gouvernement, le Président.

Dans ce cas, si l’État espagnol peut effectivement pendant un temps récupérer l’administration, il n’aura ni la confiance ni l’adhésion de la grande majorité, … car plus de 80 % de la population du Sud souhaite un referendum sur l’indépendance reconnu légal, dans les règles.

Continue la multiplication des actes concrets et symboliques dans plusieurs provinces d’Espagne :

  • manifestations pro-indépendantistes à Madrid et plusieurs autres grandes villes.
  • bannières espagnoles retirées en Pays basque, et manifestation monstre à Bilbao.

… et en Catalogne même :

  • Succès du Tsunami démocratique. Vers une succession d’occupations dynamiques des places, des avenues, des routes, des aéroports, des voies de chemin de fer, des bâtiment logistiques et/ou symboliques. Il importe de continuer à rendre visible la révolte contre la tyrannie et la détermination de vouloir un autre futur immédiat.
  • Auto-institutions de municipalités en Consells locaux pour la République, affirmant que leur territoire est une partie de la République catalane, libre et souveraine.
  • À Barcelone et d’autres villes de Catalogne, sur l’initiative de l’Omnium cultural, des centaines de personnes se présentent au juge pour s’auto-inculper de sédition, déclarant avoir voté le 1er octobre 2017,  en solidarité avec la condamnation des « prisonniers politiques ». Des queues entières dans la rue. Précédent du 9-N où des milliers de personnes avaient fait de même pour « désobéissance ».
  • Manifestations collectives des maires de la majorité des communes, cette dernière semaine encore a Palau

Les efforts durs et difficiles de la majorité des gens pendant deux ans ne peuvent mener le peuple à accepter la reddition. Les États qui se reposent sur une telle stratégie visent à forcer les citoyens à se soumettre à la Loi, la justice servant alors le pouvoir exécutif. Il s’agit de priver les populations de la gestion de la démocratie, pour en attribuer l’exclusivité au système en place. Et réduire de plus en plus les libertés.

Le système en place tente d’instituer ce « respect » du pouvoir de la Loi, et le lie dans les médias à la répression autoritaire.

Il est donc important que la classe politique catalane, appuyée par les associations civiles qui maillent le territoire, surpasse la « légitimité » constitutionnelle actuelle par le Consell de la Republica.

Le Conseil compte actuellement 75000 inscrits.

Il est important que la population catalane, occupant la rue et tous les espaces publics, reconnaisse la légitimité du Consell, pour assurer la transition de l’installation de la République. C’est le peuple qui dicte aux politiques.

L’État espagnol se trouvera alors devant un « partenaire » avec les mains complètement libres, d’égal à égal, hors de son contrôle… et non plus une institution vidée maintenue en dépendance par la force.

Ces derniers jours, multiplication des prisonniers politiques et des perquisitions au domicile, toujours sur des prétextes.

Et ensuite, même s’il y a des morts, arrivera un moment où l’État espagnol ne pourra faire plus. Il reste peu à ajouter pour y être. La confrontation frontale sera alors inévitable ?

Que va-t-il se passer ? Faire occuper le Pays par l’armée ? Dans d’autres zones de cette planète, on constate que c’est ce qui se passe, ainsi actuellement en Syrie. Mais en Europe de l’Ouest, ce serait le chaos à Bruxelles et à Strasbourg.

Le peuple lui, visiblement, n’a pas peur, et va mettre en place la République.

Et quel va être le devenir de l’Espagne ? Le New York Times, pas n’importe quel journal de fond, s’interroge, ainsi que de nombreux autres acteurs politiques et socioéconomiques dans le monde, devant le constat de 4 votes en 4 ans !

L’histoire a plusieurs fois fait exemple : comme nous l’a rappelé Vicent, quelques évènements sur peu de temps pour l’effondrement du monde ancien.

Sempre endavant.

Comitè de Solidaritat Catalana de Perpinyà

Michel Vallée 1er novembre 2019

Moments-clés signes du basculement d’un système

Un nouveau texte de fond est disponible en PDF sur le côté de la page d’accueil de ce blog. Il s’agit de la traduction du catalan en français de l’éditorial du dimanche 13 octobre de Vicent Partal sur le journal internet Villaweb. Effort de traduction en français car ce texte est une référence géopolitique, en ce sens qu’il met en évidence plusieurs enseignements majeurs des dynamiques de long terme.

Toute puissance est appelée à disparaître ou à être réduite à peu en regard de son temps de gloire, qu’elle se délite sur une longue durée tel le cas bien connu de l’Empire romain, ou qu’elle s’effondre comme un château de cartes tel le cas lui aussi bien connu de l’Union soviétique (soit une autre identité que celle de la Russie). Vicent Partal met en évidence que pour chaque bouleversement de cette ampleur, chaque changement radical de système, un moment clé, un évènement tout autant concret que symbolique, en signe l’imminence. Il explique que pour l’Union soviétique, ce moment a été Tchernobyl (ainsi que Gorbatchev l’a reconnu depuis). Pour le système nazie, c’est Stalingrad. Pour l’Empire romain, nombreux sont les historiens qui identifient la conversion de Constantin (peu avant de mourir de cette vie-ci). Pour l’Espagne actuelle, ce sera le verdict condamnant les « prisonniers politiques catalans », innocents.

Autre trait majeur significatif, un régime, quelle qu’en soit la puissance apparente, au-delà d’un certain seuil de dégradation interne, se trouve structuré sur le mensonge, les mensonges successifs couvrant, aux yeux de l’interne encore plus que de l’externe, les mensonges précédents. L’évènement clé va précipiter la révélation de la carapace de mensonges intriqués entre eux, … la chute est alors inéluctable.

Cette longue note du 13 octobre, veille du verdict prononcé officiellement le 14, développe ces enseignements. Les connaître et comprendre pour lire ce qui se passe depuis et va se passer.

29 octobre 2019

L’hymne de Catalogne, Els Segadors, est totalement d’actualité

Reprenons le trait principal des trois couplets de la version actuelle des Segadors ( les faucheurs).

Le premier couplet dénonce “aquesta gent tan ufana i tan superba” (ces gens si orgueilleux, vaniteux et si hautains, si arrogants). De fait, depuis la nuit des temps, la dominance castillane traite toutes les autres entités ainsi, les traite en colonies considérées comme soumises, ce qui est exactement le traitement fait à la Catalogne, en tous domaines, tant culturels qu’économiques … Il est bien naturel et légitime que, porteuse d’une histoire démocratique et riche d’un millénaire, elle demande, exige, pose son indépendance.

Le second couplet encourage le peuple à rester en éveil “ara es hora d’estar alerta” ( il est temps de rester vigilant, en garde). L’arrestation puis l’emprisonnement de sept membres des CDR, une des associations civiles des catalans (avec l’Assemblea, l’Omnium, l’Association des Maires) cette semaine, pour terrorisme quand il n’y a pas un cheveu à leur reprocher, après les centaines d’exactions menées ces dernières années depuis le recul de Madrid sur les avancées en autonomie, … action violente gratuite, montre bien que le peuple catalan se doit de rester en état d’alerte. Les abus et dénis de droit sont tels que la Catalogne vient de renter en “désobéissance civile” ; c’est de bon et plein droit.

Le troisième couplet met en garde la gouvernance devant la force latente, potentielle, là, représentée par la bannière “Que tremoli l’enemic” (que l’ennemi tremble), … il annonce honnêtement la couleur, met en garde. Les ex-partenaires auxquels étaient tendue la main pour négocier se sont placés dans leur morgue, eux-mêmes, en ennemis. Les capacités de la Catalogne à assurer quoiqu’il lui soit asséné ne sont plus à démontrer ; tant de puissances politiques, économiques, sociales, culturelles, juridiques (puisqu’ils y tiennent tant) … en témoignent. Les 500 Guardia civils envoyés, depuis hors de Catalogne (!) pour arrêter sept hommes constitue un signe évident de peur. Me fait penser à la Grande Armada espagnole, la plus puissante flotte d’alors, orgueilleuse et sure de son succès éclatant, pour occuper l’Angleterre d’Elisabeth Ière. Elle a été décimée en moins d’une semaine par une petite flotte de plus petits navires corsaires d’hommes du peuple à la fois marins et soldats. Aussi, effectivement, que le pouvoir castillan prenne garde, car les catalans sont “comme des poissons dans l’eau” tout en brandissant l’ “ensenya”.

Quand au refrain “bon cop de falç” (un bon coup de faucille), il est à considérer non seulement dans le contexte actuel Catalogne/Espagne, mais d’autres Pays tant en Europe qu’au delà. La mutation de civilisation est engagée.

Michel André Vallée 27septembre 2019

C’était à la 51ème Universitat Catalana d’Estiu, … quelques traits de droit international

C’était à la 51ème Universitat Catalana d’Estiu (Université Catalane d’Été) de Prades, qui vient de se terminer ce matin. Pendant 7 jours, accès libre à des cours de haute tenue en sciences de la nature, sciences dures et technologie, santé, économie, droit, philosophie, histoire, langues, littérature, histoire de l’art, musiques, genre, politique. L’après-midi, ateliers d’interprétation et théâtre, photographie, danse, chant populaire, … et des excursions en montagne. Ainsi que de nombreux temps de débats orientés cette année sur les enjeux européens de la Catalogne (tant pour l’Europe que la Catalogne), dont particulièrement 5 moments animés par l’ANC (Assemblea National Catalana), une des plus importantes et actives associations de la société civile. Cette 51ème UCE a été honorée de la visite de Quinn Torra, Président de la Generalitat de Catalunya.

Quelques notes de  traits juridiques nationaux et internationaux saisis au fil de trois de ces temps hier vendredi 23, significatifs dans le contexte actuel.

L’histoire témoigne de nombreux cas d’écarts importants entre les écrits et déclarations de droit, et les restrictions dans leur mise en œuvre, par ex. en France entre la Déclaration des droits de l’Homme et le droit de vote des femmes qui a attendu la Libération. Actuellement écarts lourds entre le droit de manifester, le droit à l’autodétermination, … et les pratiques actuelles de plusieurs États !

La qualification de séparatisme ne tient pas du hasard. Séparatisme porte une connotation négative, préjudiciable, qui influe sur la difficulté de reconnaissance tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Espagne. À une autre échelle, association avec « l’image » du divorce », alors que ce dernier peut être à l’évidence motivé, fondé, sans impliquer pour autant de violence ; mais séparatisme implique cette idée de violence, pourtant gratuite. L’histoire récente entre Catalogne et Espagne montre d’où est de fait agie la violence.

La question de l’égalité entre Nations (droit international) comprend la question de « ce qu’est un peuple ». Réponse (Nations Unies) : une Nation portée par un peuple tient à une reconnaissance de tous les jours, simple et évidente, « ordinaire », de ses citoyens ; elle est tout autant culturelle qu’économique, relève d’une histoire. Alors l’autodétermination est constitutive, essentielle même, des droits fondamentaux, tant collectifs qu’individuels. C’est donc un phénomène tant subjectif qu’objectif, et la pratique internationale a mis en évidence que l’objectivation de cette subjectivité se décline de la reconnaissance extérieure.

Le principe de subordination est posé par l’Espagne envers le processus indépendantiste. Là dessus, les NU font « le test de l’eau salée », soit de la proportion des reconnaissances qui font qu’il y a mélange intégré ou non intégré. Ce « test » a été quasi-systématiquement utilisé dans la période de décolonisation. Dans un État, l’assimilation peut résulter d’un colonialisme interne. La subordination y va avec l’image intégrée par le subordonné de la supériorité de l’oppresseur, puis le temps fait le mélange. Ce n’est en rien le cas de la Catalogne, tant pendant de si longues périodes de son passé depuis mille ans qu’actuellement depuis la sortie de la dictature franquiste ; mais c’est intégré dans les fantasmes conscient et inconscients de l’unionisme castillan. En France, cela fait belle lurette que la Bourgogne ne pose plus ce problème (le processus ayant commencé avec Louis XI) ; je ne choisi pas cet exemple au hasard compte tenu de la longue histoire entre Bourgogne et Flandres. La Catalogne est donc en total droit à l’autodétermination. Les violences qu’elle subit accentuent ce droit aux yeux de la reconnaissance internationale (…mais aussi  interne sachant ce que vivent 6 millions de personnes au quotidien).

L’actuel tribunal d’exception (El Suprem) dépend de toutes évidences du politique, quoique les divers dirigeants politiques aux manettes en disent. C’est un procès National et non un procès judiciaire, ; il y s’agit de transformer des actes démocratiques (menés dans une attitudes pacifique par des millions de personnes) en délit de rébellion ; le judiciaire, en ayant pour tâche de justifier le politique, en est d’ailleurs amené à se justifier lui-même. Aussi, et ce depuis tôt après le début de cette action, de plus en plus d’actes extérieurs, de sources diverses couvrant quasiment l’ensemble des champs politiques, comme chacun le sait, attestent qu’il y a là un problème de fond. D’autant plus, qu’outre les leaders, sont menés de très nombreux actes de répression sur de simples citoyens.

Mais, en regard des démarches tant vers les « prisonniers politiques » que les tentatives vers les « exilés », les décisions judiciaires actées ailleurs en Europe sont » in-entendables » en Espagne, … même si, devant les réactions judiciaires et positions « d’ailleurs » face aux tentatives, l’Espagne s’est retirée systématiquement, … n’y pouvant mais.

Mais, les faits sont là, totalement inconsistants au pénal, tous !

Mais, le succès du processus indépendantiste …signifierait la négation de l’actuelle Constitution espagnole, dont sa dimension monarchique. Pour la Justice et l’État espagnol, où s’est perdue la « prévisibilité » du droit (tel acte entraîne si attesté à l’évidence telle sanction ou non selon la Loi), … l’enjeu est de reconduire l’état antérieur ainsi que les clans qui le portent. Comme cela est impossible, les suites ouvrent à tous les possibles et tous les dangers.

À noter que la place des élus catalans au Parlement de Strasbourg est importante, pas seulement par respect de l’expression des électeurs, mais aussi car elle constitue l’expression d’une « minorité nationale », qui en soi en droit international suffit à ouvrir le droit à l’autodétermination. De plus, savoir aussi qu’en droit européen, l’immunité parlementaire est (devrait être) effective dés l’instant même de l’élection !

Une information : le 155 ne peut intervenir sur les actes du Consell per la Republica, de statut international. Néanmoins en France sur 300 kms au delà de la frontière, faire attention à l’accord de Malaga de 2002 passé entre la France et l’Espagne, en fait aux débordement éventuels d’interprétation.

Deux autres remarques personnelles :

  • admiration envers la Tchéquie et la Slovaquie qui ont su se séparer correctement, posément, proprement , et savent depuis vivre chacune en bonne entente.
  • tristesse en considérant la situation du peuple kurde, partagé entre quatre États (Turquie, Syrie, Irak, Iran) et spolié de son droit à l’indépendance depuis plus d’un siècle, droit réactivé récemment pas ses engagement courageux.

Michel André Vallée   24 août 2019

Le jusqu’auboutisme dans l’absurde du colonialisme castillan

Examinons les décisions prises, ces dernières semaines 21, 22 et 23 de cette année 2019, par l’Espagne envers les dirigeants « prisonniers » et exilés de l’indépendantisme catalan.

En résultats des élections aux « législatives » espagnoles du 28 Avril, quatre des principaux leaders indépendantistes « en prison » (Oriol Junqueras, Jordi Sanchez, Jordi Turull, Josep Rull) ont été élus députés et un (Raül Romeva) sénateur.

Un des premiers actes des Cortés (le Parlement espagnol) a été de suspendre par vote ces quatre députés catalans, et le Sénat espagnol a fait quelques jours après de même envers le sénateur catalan !

Rappelons que fin Mars, quarante et un sénateurs français (de tous Partis et Régions) ont formellement demandé à l’État français et à l’UE d’arrêter le désordre, le gâchis causé par l’Espagne avec sa violation des droits civiques, … entrainant immédiatement une opposition-réprobation violente tant dans les termes que la démarche diplomatique de la part de l’ambassade d’Espagne en France. En cohérence avec d’autres interventions de cette ambassade ces toutes dernières années.

Enfin, des politiques français (mais pas l’establishment aux manettes) disent, clairement tout en restant dans les cordes du « convenable », que cela a trop duré. Seuls auparavant, quelques médias et personnalités françaises avaient « osé » condamner un déni inadmissible de démocratie. Ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres de même nature ces dernières années (les constats et témoignages sont en abondance sur des supports de dorénavant quasi toutes tendances).

Suite : en résultat des européennes du 26 mai, deux leaders indépendantistes exilés sont élus au Parlement européen, Carlés Puigdemont et Toni Comin. Ce 29 mai, jour d’installation à Strasbourg des élus européens, les deux élus catalans se sont vus interdire d’entrer au palais du Parlement, donc de pouvoir commencer à exercer leur mandat, sous prétexte de conditions de sécurité, et en fait sur décision politique du Président sortant du Parlement, Antonio Tajani et de son secrétaire général, Klaus Welle, tous deux membres du PPE !

À Madrid, le procès des leaders du mouvement indépendantiste catalan « prisonniers politiques » en prison vient d’entrer cette semaine dans sa phase terminale. Toutes celles et ceux qui suivent ce « procès », dont de nombreux médias journaux et sur la toile, ont bien compris depuis son début (et même depuis l’arrestation officielle des « prisonniers politiques ») qu’il est sans fondements, et que le système judiciaire espagnol a été incapable de rassembler les preuves liés aux objets de l’accusation, tant en ce qui concerne la sédition que des malversations financières. Les faux témoignages avancés par des policiers et militaires ont même été retournés ! En fait pas étonnant compte tenu de l’option de non-violence et de négociation traditionnelle de la culture catalane.

Rappelons que depuis les suites du 1er octobre 2017, le processus judiciaire et politique engagé par l’Espagne a été formellement dénoncé et condamné en Allemagne, en Finlande, en Suisse, au Danemark, au Portugal, en Slovénie, tant en Angleterre qu’en Écosse, au Québec, … et que la semaine dernière l’ONU a demandé à l’Espagne, après une instruction sans appel contre les pratiques de l’État espagnol, la libération immédiate des « prisonniers » qui en droit ne devraient depuis le début pas en être, qu’ils soient indemnisés, et d’engager une enquête complète et indépendante des droits floués ces dernières années ! Immédiatement, l’Espagne a exigé le retrait de l’habilitation de deux des membres du groupe d’experts de l’ONU !

Rien n’y fait, ce Tribunal, sans preuves, vient cette semaine quand même de confirmer la demande de condamnations  à des 15 à 25 ans de prison !?

C’est là, sans exagérer, typique de la même rage cruelle, vindicative et perverse qui a, sous la dictature Franco, condamné à être garrotté trois ou quatre fois (si mon souvenir est correct)  le dernier des basques qui a été exécuté. Raideur extrême d’un système.

En soi, quelle monstruosité gratuite que d’utiliser le garrot pour les exécutions capitales, provoquant une très longue et douloureuse agonie !

Pendant ce temps, certes l’article (abusivement mis en œuvre) 155 a été levé après le remplacement de Mariano Rajoy (PP) par Pedro Sanchez (PSOE), mais toutes les restaurations de la privation de l’autonomie de la Generalitat de Catalunya ne sont pas encore effectives, les freins ont été poussés au bout du bout, … et les exactions et difficultés « gratuites » auprès de maires et particuliers continuent au plan local, tout juste adoucies et moins visibles depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sanchez.

De tout cela, en sont complices non seulement le système de pouvoir, dont la royauté mise en place par Franco, espagnol, mais aussi de ce côté des Pyrénées le gouvernement et la partie « aux ordres » de la presse française, et plus général la CE et les Présidents tant de la Commission de Bruxelles que du Parlement de Strasbourg.

Question, le prochain Président de ce Parlement qui va être coopté donc élu par une nouvelle majorité (encore à constituer) va t’il modifier dans le sens de la démocratie cette attitude, et jusqu’où ? Avec quelles répercutions en effet domino ?

En attendant, j’ai eu l’opportunité vendredi 24 d’emmener quelqu’un à l’aéroport international d’El Prat de Barcelone, tôt le matin. Disposant de temps, je suis rentré en France en passant par plusieurs lieux que je souhaitais revoir. Un des traits qui m’a frappé, sans parler du dynamisme évident de Barcelone, est l’activité locale dense tant industrielle qu’agricole dans tout le Pays. Les gens travaillent, ce Pays a et développe une âme spécifique, … là où dans de plus en plus d’autres Pays, dont à l’évidence la France (passée du 5ème rang mondial à entre 15ème et 40ème selon les critères), tant déplorent l’état de dégradation.

C’est le même constat à chaque déplacement que je fais « au Sud » (de la Catalogne), … et cela rejoint tant de constats d’économistes et sociologues internationaux sérieux, dont nous pouvons disposer.

Bien entendu, il est possible de comprendre au premier regard pourquoi l’Espagne actuelle (dont les constitutions des diverses « provinces » sont diverses ?) ne veut à tous prix pas « perdre » ce « territoire » ; c’est elle qui ne veut pas perdre de l’exploiter comme une de ses dernières colonies, … et non l’inverse du procès d’intention non fondé que les catalans ne veulent pas partager leur richesse.

Alors, si là est la vraie motivation de l’establishment castillan, car c’est au regard de l’histoire la culture de la Castille et de ses « conquistadors » qui a imprégné comme une sorte de pensée unique la quasi intégralité de cet establishment là, … comment la gouvernance espagnole n’a t’elle pas compris que la Catalogne indépendante pourrait être son meilleur allié économique et culturel, … au lieu de la repousser aux yeux de tout un peuple (dorénavant un 50 % réel régulièrement croissant) ?

Non, certes, la motivation économique existe, mais les motivations identitaires de fond sont autres. En 2019, en plein processus de refondation de l’Europe pour redresser la tête dans une mondialisation qui la noie, la représentation collective castillane est bien archaïque, … et absurde. No pot durar.

Et la Catalogne indépendante pourrait bien être une des entités exemplaires de reconstruction attendue de cette Europe.

Michel André Vallée 2 juin 2019