L’ESTACA EN 2020

La chanson L’estaca, a été composée par Lluis Llach en 1968. 1968 !

L’estaca, c’est le pieu, auquel nous sommes tous attachés, toutes et tous, nous femmes et hommes du peuple.

D’abord symbole de la lutte contre l’oppression franquiste, elle est devenue  symbole de lutte pour la liberté.

Pour les catalans presque un second hymne, de portée globale.

Ce combat  est sans répit, les mains sont écorchées par les efforts incessants. Il perdure de génération en génération, jusqu’à ce que nous nous libérions tous.

Siset dit clairement que seule l’unité, partant l’action commune, permet et permettra d’en venir à bout.

Unité veut dire que nous sommes différents, pensons différemment, mais que l’objectif commun, l’indépendance, est prioritaire, unique devant tous les autres.

Foin des jeux politiques, auxquels certains se laissent entrainer derrière des prétextes tactiques, … parce que ce serait trop long d’attendre les bonnes places ?

Oui, … « ella es mes ampla i mes gran », car le franquisme est toujours présent, même pas masqué en Espagne :

  1. Beaucoup ont participé au 155, les nuits et les jours de prison et d’exil se cumulent, … et le système en place croit gagner du temps, prisonnier de ses propres contradictions.
  2. L’UE n’assure que le service minimum, et n’exige pas de l’Espagne qu’elle respecte tout simplement les droits, … droits actuels et droits plusieurs fois centenaires. UE, car les peuples des Pays d’Europe, c’est autre chose, nombreux ceux qui ne se sont pas couchés sous les exigences judiciarisées absurdes d’un autre temps.

… l’estaca de 2020, c’est le néo-libéralisme mondialisé, géré par les marionnettistes du Deep power de la finance internationale.

L’estaca, en 2020, bien au-delà de la gouvernance d’Espagne qui demeure réactionnaire, et se refuse à voir combien elle bénéficierait plus du commerce avec une Catalogne indépendante et non plus colonie, bien au-delà de la CE qui n’ose pas affirmer ici et face au monde entier ses valeurs … supposées,

Les analyses, rapports, propositions, venant de tous les Pays, et de l’ONU, abondent, … mais rien ne semble y faire.

Alors unité prioritaire, … estirem fort d’un côté et de l’autre pour la renverser cette estaca :

  1. conscience
  2. à la fois tolérance de nos différences et fermeté dans l’objectif
  3. solidarité
  4. se battre pour gagner

La Catalogne indépendante contribuera à la future Europe, humaniste, sociale, laïque, de niveau d’éducation élevé, de justice. Europe fédérée des peuples conscients de « fer pais » !

Michel André Vallée            11 septembre 2020, jour anniversaire de la Diada.

EN QUOI L’INDÉPENDANCE EST POUR LA MOITIÉ DE LA POPULATION CATALANE LA SEULE ISSUE PERTINENTE ET ACCEPTABLE

Fondements historiques de cette conviction.

Cet article est un support de conférence préparée en février 2020, qui n’a pas eu lieu du fait du confinement Covid-19

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Bon cop de falç ! Bon cop de falç, defensors de la terra ! Bon cop de falç ! (refrain de « Els Segadors », version officielle de l’hymne de la Catalogne indépendante depuis 1899, la version traditionnelle datant de 1640).

CHIFFRES CLÉS DE LA CATALOGNE

Population            7,6 millions d’habitants

Superficie             32114 km2

PIB                         210 milliards d’euros

Economie              Diversifiée, avec cependant une prédominance du secteur des services (69,6 %) et du secteur de l’industrie spécialisée (20,9 %)

Tourisme              11 % du PIB catalan: la Catalogne attire 25 % de tous les touristes qui visitent l’Espagne

Universités           7 universités publiques, 4 privées, 1 université à distance

Langue                   Le catalan: dix millions de locuteurs, 8e langue la plus active dans les blogs, 26e langue du monde en matière de sites web.

Plus de 100 chaînes radio émettent chaque jour en catalan, et plus de 160 universités dans le monde donnent des cours en catalan.

DATES MARQUANTES DE L’HISTOIRE

801

Épopée du comte Guillem de Tolosa, qui engage le début de la Reconquête sur les musulmans d’Al Andalous. Le comte Guillem est reconnu et accrédité par Charlemagne.

1027

L’abbé Oliba lance la Trève de Dieu, tant au Nord qu’au Sud des Pyrénées. Il fonde les abbayes de Saint Michel de Cuxa et Ripoll, de chaque côté. Les deux villes de Ripoll et Prades sont toujours germans (jumelées).

1274

Écrits en langue catalane par Ramon Llull, reconnu penseur universel de son temps.

La Catalogne, une très vieille dame fidèle à son histoire

Si le premier drapeau espagnol date de 1785, le drapeau catalan existe depuis 1150. C’est aussi l’année des ébauches de la langue catalane.

Mise en route des Constitutions de Catalunya en 1214.

Si le premier Parlement espagnol date de 1834, le Parlement catalan (les Corts) existe depuis 1218.

Si la première Constitution espagnole a été rédigée en 1812, la première Constitution catalane l’a été en 1283.

Si le premier Président espagnol a été élu en 1823, le premier Président catalan a été nommé en 1359.

La Catalogne a exercé sa pleine souveraineté pendant 700 ans, au sein d’une confédération catalano-aragonaise. Durant tous ces siècles, elle a préservé ses institutions, son gouvernement, sa langue. Elle prélevait les impôts sur son territoire, qu’elle administrait librement.  

1640

Guerre des « Segadors », au cœur de la guerre de Trente ans (1618 – 1648). Défense du modèle Républicain d’organisation de la société, horizontal, contre le modèle monarchique, vertical et impérial. Perpignan est bombardée en Juin. Une « République » est consolidée autour de « Conseil des Cents ». Elle ne durera que quelques jours, perdant le Roussillon, le Conflent et une part de la Cerdagne au profit de la France de Louis XIII.

Le Portugal, qui s’est soulevé en même temps, gagne son indépendance.

1659

Traité des Pyrénées, signé entre Louis XIV et Philippe IV. Sa longue mise en œuvre entérinera 1640. Mazarin a succédé à Richelieu.


1713 – 1714

Tout bascule après la guerre de Succession espagnole. La Catalogne soutient Charles d’Autriche, alors que les troupes franco-espagnoles veulent placer sur le trône vacant Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Barcelone, assiégée durant 14 mois, se rend le 11 septembre 1714.

La Catalogne sera politiquement écrasée: le Décret de la Nueva Planta, imposé par Philippe V deux ans plus tard, lui enlève toute autonomie législative, fiscale et judiciaire, et enterre la Generalitat et son Parlement. C’est le début de la monarchie absolue en Espagne, monarchie qui va absorber et coloniser la Catalogne par la force.

1843

Pendant deux mois, projet d’administration révolutionnaire qui préfigure la Commune de Paris (1871)

1855

Première grève générale ouvrière, en Catalogne, avec un retentissement fort à Madrid. D’une part consolidation du clan « républicains », et d’autre part question du poids de l’économie catalane en avance sur le développement économique du reste de l’Espagne. Constat de la perduration du catalanisme.

Le catalan se définit d’abord culturellement par sa langue.

Une langue, non pas un dialecte, que l’Espagne a tenté en vain d’éradiquer depuis le XVIIIe siècle, et l’avènement de Philippe V. Une assimilation au castillan forcée dès 1716. Par la langue, la culture est spécifiquement systématiquement visée. Deux exemples « historiques » symboliques, parmi des millions d’autres au quotidien :

1867 El ministre de Governació espanyol, González Bravo, prohibeix les representacions de teatre escrites íntegrament en català. Or le théâtre était alors un support emblématique pour l’ensemble des classes moyennes et supérieures catalanes.

1924- Antoni Gaudí és detingut durant la Diada de l’Onze de Setembre per parlar en català a un policia. À cette époque tout le monde connaissait Gaudi, tant en Catalogne qu’en Espagne qu’au plan international. Il avait pris en charge dés 1883 le projet de la Sagrada Familia (a 31 ans).


1888

Exposition Universelle, à l’origine de la Barcelone moderne.

1902

Manifestation monstre à l’enterrement du poète Jacint Verdaguer (auteur de Canigo’) , après une grève générale en février. Le pluralisme de la multitude préfigure les manifestations du peuple catalan du début du XXIème siècle.

1907

Victoire électorale de Solidaritat Catalana, qui marque « le soulèvement solidaire d’un peuple », tout comme en Irlande, en Pologne, en Tchéquie et en Flandres.

1921 – 1931 – 1936

Primo de Rivera se proclame dictateur de l’Espagne, tout en gardant le Roi Alphonse XIII sur le trône. Il tente d’interdire le catalan et la culture catalane. Il est suivi par les généraux Béranguer et Aznar. L’évolution sociale et politique en 1931 contraint le Roi à accepter des élections qui se transforment en plébiscite sur la monarchie. Le 14 avril 1931, la République est proclamée.

1933 Exercice du vote pour les femmes. La revue Feminal avait démarrée en 1907.

En janvier 1936, la dissolution des Cortès entraine la constitution du Front Populaire, en réaction de quoi les carlistes et franquistes s’organisent. Commence la guerre d’Espagne, initiée depuis le Maroc.

1936 / 1975 – Guerre d’Espagne puis dictature franquiste

Deux références bibliographiques parmi tant d’autres

Antony Beevor, La guerre d’Espagne, Calman-lévy, 2006

Josep Benet, Catalunya sota el régim franquista, Editorial Blume, 1978

1939

La Retirada : 500000 républicains espagnols et catalans passent la frontière avec les Pyrénées Orientales. Leur « accueil » dans les camps, notamment d’Argelés, Saint-Cyprien, Rivesaltes … est reconnu aujourd’hui comme une honte de la part des États français d’alors. Le mémorial de Rivesaltes, sobre, en permet une objectivation non remise en cause.

Un ouvrage de référence de l’ICRECS (Institut Català de Recerca en Ciències Socials Universitat de Perpinyà) : Llibertat ! Prats de Mollo’ entre historia i memoria, Terra Nostra, 2007

Le régime franquiste va organiser une chasse systématique et meurtrière à tout ce qui est trait catalan.

Un acte marque plus que d’autres profondément la mémoire des catalans :

Le 15 octobre 1940, Lluis Companys, Président de la Generalitat de 1934 à 1940, est exécuté par le gouvernement espagnol à Montjuic (Barcelone)

Alfred Bosch d’Esquerra Republicana (parti dont Lluís Companys était l’un des leaders) affirmait sur Equinox Radio, à l’occasion des 40 ans de la mort de  Lluis Companys , que celui-ci a été « le seul président élu démocratiquement qui a été exécuté dans les temps modernes ». Selon lui, « Lluís Companys a tout donné, sa vie, pour préserver des choses très simples comme le vote et la langue », Alfred Bosch ajoute que c’est un « exemple qui encourage à continuer pour ceux qui veulent l’indépendance de la Catalogne ».

Lluis Companys, au parcours catalaniste exemplaire, était passé en France avec la Retirada. Il a été livré au gouvernement franquiste par la Gestapo.

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Le régime franquiste s’est appuyé sur l’engagement politique de l’Église catholique d’Espagne. Cependant ses membres ne se sont pas tous soumis, ainsi ce prêtre : La Catalogne est une Nation occupée militairement, soumise politiquement, exploitée économiquement, dont la langue est remplacée par une autre, colonisée dans sa culture, et dépossédée de ses expressions artistiques.

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Soit : 3 emprisonnés, 3 emprisonnés et exilés dont 1 fusillé, 3 contraints à l’exil, 1 déshabilité, 2 n’ont pas subi de répression

Le Droit à l’autodétermination figure dans la Charte des Nations Unies depuis 1951. Pourquoi la Catalogne veut-elle se donner le choix de l’indépendance?

Parce que la Catalogne est une nation millénaire, avec une culture et une langue qui lui sont propres, et une souveraineté qui lui a été volée par les armes, il y a de cela 300 ans.

Parce que sa population n’oublie ni ses racines ni son passé, et a démontré la force et la constance de ce profond désir d’indépendance, à travers de gigantesques manifestations dans le pays, notamment à l’occasion de la Diada, la fête nationale catalane, qui a lieu le 11 septembre de chaque année, .

Parce que la nation catalane estime que le pouvoir central ne respecte ni ses particularités, ni ses compétences de région autonome, la traite fiscalement comme une colonie, n’encourage pas son développement économique et, enfin, parce qu’elle n’envisage plus la création d’une Espagne fédérale comme une solution durable et fiable à un problème récurrent.

Parce que cette volonté d’indépendance émane du peuple, et que par conséquent, le Parlement catalan depuis qu’il est composé à majorité de députés indépendantistes, a un mandat clair confié au pouvoir exécutif : organiser un référendum sur l’indépendance en 2017. Ce sera l’1-O, le 1er octobre.

1971

Discours de Pau Casals à l’ONU, recevant la Médaille de la Paix :

“This is the greatest honour I have ever received in my life.

Peace has always been my greatest concern. Yet in my childhood I learned to love it. My mother—an exceptional, brilliant woman—used to speak to me about it when I was still a child, because in those years there were also a lot of wars.

What is more, I am a Catalan. Today, a province of Spain. But what has been Catalonia? Catalonia has been the greatest nation in the world. I will tell you why. Catalonia has had the first parliament, much before England. Catalonia had the first United Nations. All the authorities of Catalonia in the Eleventh Century met in a city of France, at that time Catalonia, to speak about peace, at the Eleventh Century.

Peace in the world and against, against, against war, the inhumanity of the wars. So I am so happy, so happy, to be with you today. That is why the United Nations, which works solely towards the peace ideal, is in my heart, because anything to do with peace goes straight to my heart.

I have not played the cello in front of an audience since long years but I think I must do it this time. I am going to play a melody from the Catalonian folklore: “The singing of the Birds”. Birds, when in the sky, go singing: Peace, peace, peace. And this is a melody that Bach, Beethoven and all great people would have admired and loved. And, in addition, it springs up from the soul of my country: Catalonia.”

Le caudillo Franco est mort en 1975. Pau Casals, qui avait promis de ne plus retourner en Espagne tant que le régime franquiste la régirait, n’a dérogé qu’une fois, pour l’enterrement de sa mère.

1978

Signature de la Constitution espagnole, … temporaire.

Constitution adoptée en sortant de la dictature franquiste, sous la menace par l’armée d’un coup d’État, qui a d’ailleurs été tenté en 1981 mais sans aboutir.

La Constitution de 1978 est uniquement pensée par rapport à la dictature, par le fait qu’il faut sortir de la dictature. Même les forces de gauche renoncent à lutter contre cette Constitution, et font un pacte, malgré les critiques. A cette époque, on disait: transition, ou rupture. Et les gens ont préféré la transition, parce que la rupture aurait pu signifier un nouveau retour à la dictature, l’armée étant encore très puissante.

La Constitution est explicitement « temporaire », … mais inchangée depuis par un blocage systématique des Partis de droite et d’extrême-droite.

1983

Loi de « normalisation linguistique » votée au Parlement de Catalogne, interdite à l’usage public depuis 1939.

2006

Un nouveau statut d’autonomie est voté au Parlement catalan, puis ratifié par le peuple. Mais sa portée sera fortement limitée par le Parlement espagnol, ayant à sa tête le social-démocrate Zapatero, qui avait pourtant promis aux Catalans de soutenir leur démarche.

C’est la même prudence d’alors du PSOE, compte tenu de la réalité des clans de la droite dure espagnole toujours dirigée par le néo-franquisme, qui lui « permet » toujours en 2020 de rester raide sur le principe de l’Espagne une et indivisible.

2010

Le Partido Popular saisit ensuite le Tribunal constitutionnel, qui démembre encore davantage le texte, notamment dans tout ce qui concerne la protection de la langue catalane.

C’est cette décision unilatérale de la justice espagnole, en 2010, qui fera naître une grande vague de protestation en Catalogne… C’est la racine de la rupture définitive d’une partie des autonomistes d’avec l’Espagne, et la naissance du mouvement indépendantiste actuel.

Une commune du nord de Barcelone prend l’initiative d’un referendum local sur l’indépendance. Les autorités espagnoles tentent de l’interdire, ce qui mobilise dans toute  la Région de Catalogne.

2013

23 janvier, le Parlement catalan se déclare souverain (85 députés sur 135).

13 mars, le Parlement approuve une résolution sur le droit à l’autodétermination.

11 avril 2013, le gouvernement prépare la mise sur pied d’un Conseil de Transition Nationale.

14 septembre, le Premier ministre d’Espagne, Mariano Rajoy, PP, refuse que la population catalane soit consultée, au motif  que la Constitution de 1978 déclare l’Espagne « une et indivisible ». Depuis interdiction à toutes tentatives jusqu’au 28 septembre 2016.

Depuis 2016 au moins, selon les sondages, en Catalogne, 80 % de la population est d’accord de procéder par référendum pour décider si la Catalogne doit être indépendante, ou pas.

Principe de fond qu’en démocratie, les conflits politiques doivent se résoudre politiquement. Principe N. fois reformulé par de nombreux gouvernements, experts et juristes internationaux étrangers (cf. paragraphe « appuis »).

Le camp des indépendantistes catalans accumule les arguments et preuves de légitimité, tant internes qu’à l’international.

Les autorités catalanes de la Generalitat renouvellent N. fois au gouvernement espagnol une proposition de négociation de fond.

Le camp du pouvoir espagnol refuse toute négociation, et réponds systématiquement par la judiciarisation limitée au seul droit espagnol, et par la violence de son système judiciaire appuyé sur la police militarisée (Guardia Civil).

L’armée a été mise en alerte en octobre 2017. Probablement du fait que le Président Puigdemont, après avoir proclamé l’Indépendance sous forme de République, mette en attente la mise en place du nouvel État le temps de négocier avec l’Espagne, a amené le gouvernement PP d’alors a choisir la stratégie de la judiciarisation systématique liée à l’article 155, … sans aller jusqu’au feu vert de l’entrée massive de l’armée en Catalogne.

Parmi les Partis espagnols qui composent le discret « club des 155 » figure le PSOE aux côtés de Ciutadans et du PP.

DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DE LA CATALOGNE (extraits)

Elle a été signée le 10 octobre 2017 par 72 députés catalans du Parlement de Barcelone.

« Au peuple de Catalogne et à tous les peuples du monde, …

 « Depuis l’adoption de la Constitution espagnole, la Catalogne a joué un rôle clé avec une attitude exemplaire »

« Les citoyens de Catalogne ont voté majoritairement en faveur de la République catalane »

« Nous constituons la République catalane »

La République catalane est une opportunité pour corriger les déficits démocratiques et sociaux actuels et de construire une société plus prospère, plus juste, plus sûre, plus durable et plus solidaire. En vertu de tout ce qui vient d’être exposé, nous, représentants démocratiques du peuple de Catalogne, dans le libre exercice du droit à l’autodétermination et conformément au mandat reçu des citoyens de Catalogne,

NOUS CONSTITUONS la République Catalane, en tant qu’État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social.

NOUS METTONS EN VIGUEUR la loi de transition juridique et fondamentale de la République.

NOUS INITIONS le processus constitutif, démocratique, citoyen, transversal, participatif et contraignant.

NOUS AFFIRMONS la volonté d’ouvrir des négociations avec l’Espagne, sans conditions préalables, visant à établir un système de collaboration au bénéfice des deux parties. Les négociations doivent nécessairement être sur un pied d’égalité.

NOUS PORTONS A LA CONNAISSANCE de la communauté internationale et des autorités de l’Union européenne la constitution de la République catalane et la proposition de négociations avec l’Espagne.

NOUS DEMANDONS instamment à la communauté internationale et aux autorités de l’Union européenne d’intervenir pour mettre fin à la violation continue des droits civils et politiques et de suivre le processus de négociation avec l’État espagnol et d’être témoins.

NOUS MANIFESTONS le désir de construire un projet européen qui renforce les droits sociaux et démocratiques des citoyens ainsi que l’engagement à continuer à appliquer les normes de l’ordre juridique de l’Union européenne et celles de l’Espagne et de la Catalogne autonome qui transposent cette norme.

NOUS AFFIRMONS que la Catalogne a le désir sans équivoque de s’intégrer le plus rapidement possible à la communauté internationale. Le nouvel Etat s’engage à respecter les obligations internationales actuellement appliquées sur son territoire et à continuer à faire partie des traités internationaux auxquels le Royaume d’Espagne est partie prenante.

NOUS APPELONS les États et les organisations internationales à reconnaître la République catalane comme un État indépendant et souverain.

NOUS DEMANDONS au Gouvernement de la Generalitat de prendre les mesures nécessaires pour rendre possible la pleine réalisation de cette déclaration d’indépendance et des dispositions de la loi de transition juridique et fondamentale de la République.

NOUS APPELONS chacun des citoyens de la République catalane à nous rendre dignes de la liberté que nous avons donnée et à construire un Etat qui se traduit par des actions et en conduite des inspirations collectives.

DISCOURS DU COMITÉ DE SOLIDARITÉ DE CATALUNYA NORD À LA DIADA DU 9 NOVEMBRE 2019 À PERPINYA (extraits)

Lorsqu’un système, un État, sont sur le point de vivre une transformation radicale, une Révolution, l’histoire montre qu’il se produit toujours un moment, un évènement clé, d’un importance significative, à partir duquel toute la donne change, et ce qui est à venir devient inéluctable. C’est ce que Vivent Partal a expliqué dans un éditorial exceptionnel de Villaweb. Dans la démarche d’indépendance de la Catalogne se libérant de l’Espagne, ce moment clé a été le verdict du Suprem au terme du procès des prisonniers politiques sur cette année 2019.  

Au terme de ce procès, il s’est avéré impossible au Suprem de démontrer la rébellion. Il essaie alors de légitimer en inventant des prétextes de sédition, contre toute évidence de l’absence d’objet réel, tant aux yeux de la population catalane et d’une partie de la population espagnole, qu’au yeux de l’essentiel de la communauté internationale, si on met de côté les silences de la CE et de la France ou l’avis de la Turquie dictatoriale.  

Le moment clé a eu lieu le 14 octobre 2019, la marche vers l’issue est en route et ne s’arrêtera plus.

Le 18, le succès de la grève générale  a été un tremplin définitif vers l’objectif, maintient le Pays dans l’esprit du 3 octobre (2017), avec toutes les marches, les rassemblements-manifestations constants, l’occupation d’El Prat, et milles autres initiatives dans toutes les villes.

L’idéal aurait été l’acceptation par l’Espagne d’un referendum d’indépendance, mais  …

Après depuis un et deux ans l’appui de nombreux Pays (Belgique, Finlande, Danemark, Portugal, Écosse, plusieurs lands allemands, Suisse, Slovénie, Québec, …) et de nombreux collectifs d’experts de haut niveau (géopolitologues, sociologues économistes, philosophes, juristes …), dont l’ONU, même le Financial Times « explique » encore cette semaine que les sentences d’emprisonnement ne peuvent résoudre la « crise » catalane.

La grève générale et ses suites sont une démonstration de la disposition du peuple à résister à quelque agression que le système en place à Madrid continue à faire, tous les jours.

Pour Elisenda Paluzie, Présidente de l’Assemblea (ANC), Jordi Sanchez étant en prison, l’État espagnol et la police sont responsables, concrètement sur les terrain, des violences, blessés, depuis le verdict. Avis aisément valable avec le recoupement de tous les témoignages, vidéos …, qui mettent bien en évidence qui attaque, et comment.

Une semaine après le verdict : 579 bléssés (attitude ultra-violente de la police toutes les nuits), 4 personnes ont perdu un œil, 179 personnes sont détenues, 28 sont emprisonnées

Pendant ce temps : la Présidente du Parlement Carme Forcadell reste emprisonnée, ainsi que le vice-Président Oriol Junqueras, de même plusieurs membres du gouvernement, les dirigeants de l’Assemblea et de l’Omnium cultural, Jordi Sanchez  et Jordi Cuixart de même, 7 membres des CDRs sont détenus sans preuves, le Président Puigdemont et plusieurs conseillers ont été forcés à exil.

La Catalogne vit au jour le jour un état d’urgence démocratique.

Fin octobre, un sondage basé sur un échantillon de 1200 personnes donne les partis indépendantistes majoritaires tant en voix (58 % en ne tenant pas compte des abstentions) qu’en sièges.

Continue la multiplication des actes concrets et symboliques dans plusieurs provinces d’Espagne : manifestations pro-indépendantistes à Madrid et plusieurs autres grandes villes, bannières espagnoles retirées en Pays basque et manifestation monstre à Bilbao

… et en Catalogne même :

> succès du Tsunami démocratique. Vers une succession d’occupations dynamiques des places, des avenues, des routes, des aéroports, des voies de chemin de fer, des bâtiment logistiques et/ou symboliques si pertinence. Continuer de rendre visible la révolte contre la tyrannie et la détermination de vouloir un autre futur immédiat.

> auto-institutions de municipalités en Consells locaux pour la République, affirmant que leur territoire est une partie de la République catalane, libre et souveraine.

> à Barcelone, sur l’initiative de l’Omnium cultural, des centaines de personnes se présentent au juge pour s’auto-inculper de sédition, déclarant avoir voté le 1er octobre 2017,  en solidarité avec la condamnation des « prisonniers politiques ». Des queues entières dans la rue. Précédent du 9-N ou des milliers de personnes avaient fait de même pour « désobéissance ».

> manifestations collectives des maires de la majorité des communes.

Encore aujourd’hui, début 2020

plus de 600 poursuites judiciaires depuis le début de cette année 2020 pour participations à des manifestations liées à l’indépendance

Consell per la Republica

Lancé à Waterloo en 2018-9, légitimé sur la déclaration d’indépendance proclamée le 27 octobre 2017, elle même fondée sur les réponses au référendum du 1er octobre 2017.

Sa mission est de réaliser le mandat du 1er octobre.

Le Consell est la première pierre d’un nouvel État indépendant en Europe.

Il se veut représenter toutes les tendances du républicanisme.

Peuvent en être membre les catalans tant vivant en Catalogne que n’importe où dans le monde, ainsi que les personnes qui se reconnaissent dans les valeurs fondatrices et qui s’y inscrivent.

Elles constituent ainsi une e-République, susceptible de participer en permanence aux débats et décisions, au travers d’une Assemblée de Representants convoquée au minimum deux fois par an, et directement sur consultation par internet

L’État espagnol se trouvera alors devant un « partenaire » avec les mains complètement libres, d’égal à égal, hors de son contrôle… et non plus une institution vidée maintenue en dépendance par la force.

Le peuple lui, visiblement, n’a pas peur, et montre événement après événement sa détermination à mettre en place la République.

Quel va être le devenir de l’Espagne ? Le New York Time, pas n’importe quel journal de fond, s’interroge, ainsi que de nombreux autres acteurs politiques et socioéconomiques, devant le constat de 4 votes en 4 ans !  

Le 29 février 2020

À Perpinya, de 150000 à 200000 personnes selon les estimations, sur l’initiative du Consell per la Republica, accueillent le Président Puigdemont. Sachant que plusieurs milliers ont été contraints de faire demi-tour avant la frontière du fait du blocage généré par un contrôle de la police espagnole ! Sachant aussi que les associations civiles catalanes sont capables de mobiliser quasiment au pied levé plus d’un million de personnes à Barcelone. Au terme des manifestations, les trottoirs et chaussées sont propres, aucun bâtiment ou mobilier public n’est dégradé, il n’y a pas de véhicules incendiés …

Le Président Puigdemont y a appelé à engager la lutte définitive.

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Institutions d’appui du mouvement d’indépendance 

Les Associations, présentes sur tous les territoires où se parle le catalan, et les groupes locaux dans de nombreux Pays :

ANC ou Assemblea National Catalana, constituée le 30 avril 2011

Omnium cultural

A.M.I. , qui regroupe 794 municipalités sur les 947 que compte la Catalogne du sud

les CDR ou Comités de Défense de la République, comités locaux

e-identité au-delà des frontières, le Consell per la Repùblica Catalana, actuellement à l’exil, pré-constituant.

Les Pays qui appuient le projet de Catalogne indépendante sous forme de République :

Belgique, Danemark, Écosse (dispose d’un Parlement autonome), Finlande, Irlande, Islande, plusieurs Lands allemands, Portugal, Québec (dispose d’un Parlement autonome), Slovénie, Suisse, … et l’ONU.

Les Pays qui encouragent l’attitude du gouvernement espagnol / Catalogne :

Turquie

Le Pays qui a passé un accord de coopération policière avec l’Espagne : la France, droit d’intervention / acteurs qualifiés de terrorisme jusqu’à 300 kms à l’intérieur des terres.

Conseils de bibliographie

Antony Beevor – La guerre d’Espagne – Calmann-lévy 2006

Ramon Gual presentat pour I.C.R.E.C.S. –  Llibertat – Terra Nostra 2007

Jean Rous – Renaissance et mission de la catalanité – Éditions Trabucaire 2015

Joan Villanove – Histoire du pays catalan – Éditions El Far 2016

Joan Villanove – Les catalans ont tout pour étonner le monde – Éditions El Far 2017

Vicent Partal – Nou homenatge a Catalunya – ara Llibres 2018

Dominique Petitdemange et Marie-Christine Gené (ss. la dir. de ) – La Catalogne et l’Espagne  Balzac éditeur 2018

Borja de Riquer (ss. la dir. de ) – Historia mundial de Catalunya – Edicions 62 Barcelona 2018

Dossier préparé par Michel André Vallée, psychosociologue des organisations

Culture de la Castille … en creux. Indépendantisme … et non séparatisme catalan.

Comme l’historien catalan Joan Villanove le rappelle assez régulièrement au fil des Cartas del dimecres, la tension, permanente et de période en période très vive, entre Catalogne et Castille remonte au temps où les rois d’Espagne, à partir de 1516 au moins et tant de fois depuis, ont dénié le statut historique de la Grande Catalogne et imposé à toute une Nation le paradigme centralisateur (appelé en France « jacobin ») de la Castille.

De nombreux historiens catalans et de plusieurs autres cultures d’Europe et du monde développent, avec tant de sources validées à l’appui, ce phénomène qui s’est étalé des siècles et continue dans la violence de nos jours, exacerbé depuis l’1-O (1er octobre 2017).

Depuis cinq ans que j’ai choisi de vivre ici, j’ai étudié de nombreuses sources. D’abord La guerre d’Espagne de Anthony Beevor, puis d’autres sources sur toute cette période en Catalogne, des ouvrages de Joan, La Catalogne et l’Espagne, Les clefs du conflit par un large collectif d’auteurs animé par Dominique Petitdemange et Marie-Christine Jenè, l’ Historia Mundial de Catalunya dirigée par Borja de Riquer,  de nombreuses publications de Vicent Partal, … et écouté les conférences données en Catalunya Nord par Ramon Gual père et plusieurs autres témoins, les conférences et cours à l’Universitat Catalana d’Estiu, etc …

Il est juste d’y reconnaître que la passion, l’attachement, y sont toujours relativisés, pondérés, par l’objectivation, la raison, la production des références.

Ce n’est pas ce qui se trouve dans un article de deux pages du N° 27 de Mai-Juin 2020 de la sérieuse revue de géopolitique CONFLITS, sous le titre Les racines intellectuelles du séparatisme catalan.

Si j’en parle ici et écris en conséquence cet article, c’est :

  • d’une part que là est franchement posé, crument, directement, ce que j’ai trouvé souvent de façon contournée dans de nombreux autres supports français. Et la diffusion large de cette image, reçue par beaucoup de gens, contribuant à forger leur compréhension et leur conviction, pose problème.
  • d’autre part que la période est critique pour le mouvement indépendantiste catalan, plusieurs clans politiques faisant courir à l’ensemble du mouvement des risques clairement analysés tant en Espagne que dans plusieurs supports internationaux sérieux, … quand l’UE, tant au Parlement qu’à la CE, maintient une distanciation « prudente ».

L’auteur de l’article, Nicolas Klein, agrégé d’espagnol, introduit en citant Josep Manuel Ximenis, membre de la CUP, qui aurait déclaré « En Catalogne, dés le départ, l’on voit comment s’établit une société diamétralement opposée à la société féodale castillane. Et il s’agit d’une réalité historique et d’une structure qui crée ses inepties. La Castille se résume à une simple hiérarchie d’agriculteurs et d’aristocrates. Rien à voir, donc. La mentalité castillane porte dans ses gènes une acceptation naturelle : «être commandé ». Cela n’a jamais changé et ne changera jamais ».

Bien entendu, comme toujours, il serait d’abord convenable de resituer le contexte d’une telle déclaration, comme pour toute expression. Mais là est donné le ton de l’article, qui exploite ce propos pour développer le procès d’intention d’une attitude systématique de supériorité et de condescendance de la part des intellectuels catalans envers les espagnols, dénommés « castillans », … trait en soi qualifié de «discours haineux ».

Il continue ses démonstrations en citant Joan Cardona (Unité de tuberculose expérimentale de l’Institut Germans-Trias-i-Pujol ; « … c’est pourquoi la République nous permettrait d’augmenter les investissements dans la recherche et de nous placer à la pointe … si nous restons dans un État dirigiste nous n’y parviendrons jamais ». Et pourtant, en l’occurrence (je ne sais pas par ailleurs) Cardona a raison, et il n’est que de voir la qualité et l’ampleur des investissements de haute technologie en Catalogne pour constater que tant d’économistes et scientifiques venant de loin ont compris. Puis il cite Oriol Junqueras, Jordi Pujol, … jusqu’à Joaquim Torra, l’accusant d’être sensible à l’Italie de Mussolini. Bref, les penseurs et dirigeants catalans seraient suprématistes et racistes. Pour conclure que le nationalisme catalan « est loin d’être inclusif », contrairement à ce que les intellectuels et militants catalans en diraient ! Il serait xénophobe et « ne peut donner que des fruits vénéneux ».

Comment à ce point ne pas connaître, ignorer, les réalités de l’histoire, depuis, par exemple, les fondements par un Grand ecclésiastique, l’Abbé Oliba, dés 1027.  

Ainsi, lorsque l’auteur date la naissance du nationalisme catalan dans la seconde moitié du XIXème siècle, il montre ne pas connaître l’histoire et est en retard d’au moins six siècles, soit avec les Corts en 1214-8 ; il est trop facile de balayer d’un revers de main le travail des historiens sur les 700 ans de confédération catalano-aragonaise en les qualifiant de « fadaises ».

En 1640 la guerre des Segadors a défendu le modèle Républicain d’organisation de la société. Depuis le décret de la Nueva Planta en 1716, régulièrement l’ensemble du peuple catalan va perdurer et manifester son identité pour se démarquer de la monarchie absolue castillane. La première grève ouvrière générale aura lieu en 1855.

Toute la période depuis la proclamation de la République en avril 1931 est mieux connue, … et témoigne malgré les exactions des dictatures de la même constance dans la conscience collective et le vouloir d’être.

Disons tout de suite que tous les espagnols non-catalans ne témoignent pas du référentiel, du logiciel, du paradigme culturel décrit ci-dessus et ci-dessous. Il n’est pas besoin d’être grand clerc en sociologie pour savoir que dans tout groupe culturel et collectif important, se distinguent des sous-groupes dont les orientations et les styles peuvent être très contrastés et aller du plus ouvert, humaniste, tolérant, au plus violent et réactionnaire. Par ailleurs, comme toutes les Nations-États de l’Europe (et du Monde), l’Espagne est un puzzle de Régions nettement distinctes (soulignons dont les « autonomies » des Régions ne sont pas identiques ?). L’Alsace n’est pas la Bretagne ni la Corse ; l’Andalousie n’est pas le Pays Basque ni la Galice. Tous les États-Nations du Monde sont des construits historiques toujours susceptibles d’être remis en question ; par exemple actuellement la Californie marque explicitement sa distance d’avec le reste des Etats-Unis, la Hongrie provoque clairement l’UE aux limites de l’actuel « tolérable », l’Écosse fourbie ses armes pour une nouvelle tentative d’indépendance.

Mais, effectivement, pour un bloc culturel historique de celles et ceux qui s’y reconnaissent, le logiciel mental de la Castille, devenu Espagne par colonisation progressive des Provinces environnantes, ne peut « voir » les réalités autrement ! C’est le premier trait fort qu’il importe d’accepter de comprendre.

Le paradigme en est d’une image de soi et des relations avec autrui de conquérants, de conquistadors, et non de coopérations. C’est un monde de domination et de vie dans l’exploitation d’autrui. Le machisme dans la considération des femmes et dans le porté, la tenue, est en cohérence ; même les films crûment volontairement critiques de cette sociologie des relations de genre, par exemple ceux d’un Almodovar, transpirent de ce regard et des violences liées. Le monde méditerranéen est marqué depuis les plus lointaines traces archéologiques par les mythes du taureau, mais en Espagne, tant à Madrid qu’à Ronda (Andalousie), les cultes sont devenus le rite violent et sanglant de domination que nous connaissons avec la corrida ; la culture catalane ne s’y est pas trompée qui y a renoncé, ni le Portugal qui garde des jeux mais a de longue date renoncé à la mise à mort.

Tout se passe comme si la culture castillane, devenue espagnole, était donc dans l’incapacité de percevoir, constater, retenir, considérer toute autre culture, même pas le négociatoire, encore moins bien entendu intégrer, …. Toute autre forme de pensée et mode de vie ne peut alors être que hors de cette façon brutale de sentiment de l’honneur, de possession conquérante. C’est une forme sociétale effectivement archaïque du « there is no alternative » (alias TINA) économique des néo-libéraux contemporains, … mais tout autre. Cette forme est encore subconsciemment fondée sur l’économie de l’esclavage, féodale. Alors que l’économie de l’esclavage remonte quand même en tant que modèle de société à plusieurs siècles en arrière, même si elle est encore pratiquée dans plus de Pays qu’il n’y paraît, masquée (mais tolérée comme la finance internationale intègre l’économie du crime dans ses compte et critères de gestion).

Bien entendu, si compte tenu des tendances géopolitiques lourdes de notre temps, en Occident le système politique de démocratie est le référent officiel, et si l’Espagne sortant de la dictature franquiste n’était plus en capacité d’assurer l’isolement dans une UE économiquement désirable, les rapports de force ont imposés une Constitution clivée, à la limite du recevable institutionnel, mais qui préserve le fond d’un système vertical et des anciennes prérogatives. Le pouvoir de l’Ejercito (Armée) est garanti, soigneusement autoentretenu, pendant que la Justice est intégralement détenue par la pensée unique du clan néo-franquiste. C’est une Constitution « temporaire », qui dure. Sa gouvernance a utilisée toutes les tentatives d’avancées catalanes, et plus généralement authentiquement démocratiques (le moins pire des systèmes selon Churchill), pour récupérer pas à pas en réaction ce qui avait été concédé. La récupération dans ce type de culture et de contexte se base sur la judiciarisation, laquelle dans l’affaire catalane est, à l’évidence aux yeux de tant d’autorités et médias internationaux hors Espagne et France, radicalement raide. Droit dans les bottes au point d’être comparable aux pratiques frontales des autres systèmes autoritaires actuels ou récents hors zones Occident. Depuis l’1-O il n’y a pas en Catalogne du Sud envers la population ou à Madrid envers les prisonniers politiques de semaine sans exaction grave.

Pas étonnant que le mouvement indépendantiste soit qualifié de « séparatisme », et, dans d’autres supports de moindre qualité mais qui développent la même image, de « terroriste ».

Alors, il convient de voir clair, que seul le rapport de force direct compte, est considéré comme respectable et viril. C’est le second trait fort qu’il importe d’accepter de comprendre. C’est « la Loi » (au sens de La Loi d’un Roger Vailland), quitte à prendre le temps de toutes les manœuvres imaginables, en disposant aisément des budgets adéquats pour cela (les Partis dits « de droite » espagnols sont connus pour être parmi les plus corrompus d’Europe).

En conséquences, permettez plusieurs remarques :

  • Il est incorrect d’envisager négocier quoi que ce soit avec les clans décideurs d’une telle culture, et il importe de se faire, au plan même de l’éthique, à l’idée que seul le rapport de force permettra de se rapprocher de l’objectif catalan d’indépendance. Même remarque pour l’objectif de « démocratie » pour l’ensemble de l’Espagne. Si le rapport de force l’emportait, alors il sera toujours temps de mettre en œuvre un long processus de rééducation socio-culturelle.
  • Poser, exprimer, expliciter, adapter en permanence, non pas Un mais LE Projet de société, selon un dessein collectif cohérent. Sans Projet, pas d’Unité pérenne. Ne pas confondre objectif (l’indépendance) et Projet : quelle Catalogne État sous forme de République, quelles orientations en tous domaines dans une vision long terme.
  • Le rapport de force, il importe alors de le reconstruire, développer, autant que de besoin (c’est actuellement le cas). Reconstruction d’une part en liant mouvement du bas (le peuple dans ses diverses composantes) et mouvement du haut (tous les dirigeants politiques et associatifs, les intellectuels, les financeurs …), d’autre part en liant mouvement de l’intérieur (suffisamment de zones avec degrés de liberté connectés entre eux pour éviter tout encerclement réducteur) et mouvement de l’extérieur (alliés explicites et potentiels, appuis internationaux de connaissances et expertises en toutes matières, apports d’oxygène, zones de repos-résilience et de repli …). Tout cela dans un esprit de combat.
  • Éviter de n’exister que dans la plainte et dénonciation de toutes les « mauvaises actions » de … , cependant tout en les faisant systématiquement connaître. Pourquoi bien des fêtes catalanes sont celles de défaites ? Agir dans le rapport de 2/3 de l’énergie en développement (pas moins) et 1/3 de l’énergie en défensif (pas plus) ; il s’agit là de temps passé, de budgets, de moyens investis …

Car si l’on reste dans la dénonciation, on reste en dépendance de « l’ennemi » qui maîtrise alors l’initiative à son gré.

  • Comprendre et intégrer, sereinement, que les personnes et collectifs qui sont de la culture castillane telle que décrite entendent et entendront tout propos pointant, décrivant, dénonçant leurs paroles et actes comme orgueil, sentiment de supériorité, condescendance, signe de faiblesse … , partant radicaliseront leur compréhension et réaction partagée entre eux. C’est de l’énergie gaspillée, et il est utile d’apprendre entre tenants du changement de société à muter la colère en force pratique.

Sauf … à choisir la politique du pire, … mais alors être prêt à tenir jusqu’au bout et se donner les conditions concrètes de l’emporter (avec un plan B et un plan C).

Oui, ce qui est avancé là est, pour la tradition culturelle catalane, telle qu’elle ressort de la grande majorité des écrits et des propos et des pratiques, telle que je l’ai comprise à ce jour, un dilemme difficile en notre période. Il n’est pas adapté aujourd’hui d’avancer le pacifisme, qui remonte pourtant pour la Catalogne à Oliba lui-même, de choisir la stratégie de la non-violence trop exclusivement, …sans y renoncer totalement pour autant. Guifré lui avait pris les armes pour engager la Reconquête. Le pacifisme a fait oh combien ses preuves ailleurs au fil de l’histoire, … mais, là aussi, ne peut pas être senti tel une pensée unique.

Il en est d’autres. Un Dessein juste a toujours le choix.

Michel André Vallée              17 mai 2020

POURQUOI LA RÉPUBLIQUE DE CATALOGNE SERA PROFITABLE À L’EUROPE …

Les catalans sont en majorité pacifiques, et en même temps déterminés, … dans les deux cas de tradition culturelle plusieurs fois centenaire. Mais si « on » les attaque de façon illégitime ils savent se battre ; ils l’ont prouvé pendant la guerre d’Espagne, et le prouvent encore (au minima nécessaire) encore aujourd’hui.

Ils donnent par leurs débats politiques internes, mais aussi les institutions qui font liens entre le mouvement du haut et le mouvement du bas, l’exemple d’une démocratie qui vit, au travers de ses rivalités internes comme partout MAIS de leurs dépassements stratégiques bien compris. Les associations de société civile catalane qui entretiennent ces liens entre mouvement du haut et mouvement du bas donnent dans la pratique l’exemple des principes essentiels de la démocratie.

Ils valorisent en permanence une culture historiquement riche à tous niveaux, millénaire, et continuent de l’enrichir en faisant preuve d’innovation, d’originalité, d’audace, tant dans les sciences que dans les arts ou le commerce… spécifiques et appréciées dans le Monde.

Ils ont toujours été et continuent d’être dynamiques et toniques en économie. À preuve leurs résultats continus malgré la ponction volontairement écrasante de l’Espagne jalouse, qui traite la Catalogne comme une colonie. À preuve le choix de ce Pays par de nombreux et divers grands investisseurs étrangers.

Qui traverse la Catalogne en long ou en large voit bien l’activité du tissu économique, les productions diversifiées, les nombreuses PME et TPE partout, fournissant l’autosuffisance. En Catalogne, on sait travailler. L’élection récente d’un proche de l’ANC (Assemblea National Catalana) à la Chambre de Commerce est significative.

Avec ces résultats, les autorités catalanes investissent dans les services et fonctions publics utiles et nécessaires, d’où les qualités reconnues au plan international des universités, l’orientation alternative tolérante du système éducatif, l’état des services de santé, l’adaptabilité au services de la population des services de police catalans, des pompiers …

L’indépendance de la Catalogne fera évidemment effet domino, dans les autres Pays Nations composant actuellement l’UE. C’est déjà là une « tendance lourde » (en terme de géopolitique). Cette dynamique contribuera à transformer l’Europe en une Fédération de Pays (ex-Grandes Régions) chacun cohérent en son sein, … mais conscient des enjeux globaux. D’où l’engagement dans cette Fédération à re-Constituer, nouvelle Puissance de l’identité Europe sur cette planète.

Partant engagement dans la gouvernance européenne avec la réalité des représentations des identités populaires et culturelles : Écosse, Irlande réunifiée, Lands allemands, Régions italiennes, véritables Régions françaises (à recomposer pour corriger le récent absurde « regroupement »), Régions polonaises, Régions libérées d’Espagne (reconstituées si identité actée par référendum par-delà les actuelles frontières), Chypre réunifiée …
Ainsi les peuples ayant regagné leur souveraineté s’y reconnaitront plus authentiques et apporteront plus de force à l’ensemble de l’Europe. Elle imposera aux autres puissances sa réalité au lieu de se contenter d’être un immense marché soumis, sapé par les lobbys, passoire de la dégradante mondialisation néo-libérale, … et redeviendra respectée comme Puissance parmi les autres, ni plus mais ni moins. En conséquence, elle ne pourra que se libérer de l’emprise atlantique et constituer immédiatement la CED (Communauté Européenne de Défense) que Mendès France avait proposé en son temps.

Les principaux textes et déclarations disponibles montrent sans ambiguïté comme la Catalogne a compris pouvoir être dans sa nouveauté un des phares pour l’Europe.

Dans la réalité culturelle du XXIème siècle, qui en est déjà au cinquième de sa durée ( !), l’institution de la royauté qui ne correspond plus depuis longtemps à rien, sera devenue un musée exemplaire des erreurs et abus du passé. L’histoire de la Catalogne envers ses propres rois est à ce titre exemplaire.

Respect au quotidien des pratiques philosophiques et religieuses diverses, ainsi que sa pratique de l’accueil, vont de pair avec un esprit tant de primauté de  laïcité que de tolérance dans la simplicité, mais de vigilance nette envers tout prosélytisme. À Montserrat, exemplarité libre et non prosélytisme. La Catalogne ne craint pas les populismes. Et elle sait descendre dans la rue massivement en tant que de besoin, dans la dignité. El Consell per la Republica, qui vient de s’instituer pour préparer librement la prochaine République, se positionne clairement dans le respect de la transversalité entre les orientations politiques.

Tout cela concerne plus la Catalogne du Sud (encore pour peu de temps dans l’actuelle Espagne) que la Catalogne du Nord, cette dernière ayant subie plus de trois siècles le jacobinisme centralisateur français.

Bien évidemment « on » y trouve à l’occasion aussi, comme partout, des tordus, des pervers, des manipulateurs, des égarés, des réactionnaires, des malveillants, … ; mais, à prendre du recul sur l’ensemble de l’Europe, dans une proportion liée aux dérives naturelles de l’humain, et, sociologiquement, « normale ». Cela n’est en soi qu’une réalité « gérable », dans une culture et une économie saines. En tout cas difficile d’observer le climat de dégradation qui marque l’actualité de trop de zones ailleurs en Europe dans les années 2000-20.

Certes, vue de l’extérieur, il est possible à certains de considérer qu’une autonomie poussée et respectée, dans des règles (dont économiques) équitables, auraient suffi, sans créer en UE un État de plus ! MAIS, l’attitude coloniale et rétrograde, violente, du néo-franquisme de la Castille & dérivés,… que ladite UE n’a pas eu la fermeté de réguler, a inéluctablement mené les catalans à choisir l’indépendance sous forme de République. C’est justement là par leur expérience une des facettes de ce qu’ils vont apporter à l’Europe. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris tant d’observateurs internationaux d’orientations culturo-politiques diverses.

COMPRENDRE   >>>   VOULOIR   >>>   AGIR

Quelques repères (parmi des milliers d’autres) :

Joan Villanove, « Les catalans ont tout pour étonner le monde » , Éditions El Far 2017

Borja de Riquer ‘ « ss la Dir. de », Historia mundial de Catalunya, Éditions 62  2018

« La Catalogne et l’Espagne, les clés du conflit », collectif d’auteurs, Balzac 2018

Vicent Partal, « Nou homenatge a Catalunya », ara llibres 2018

Michel André Vallée               26 janvier 2020

DIADA du 9 novembre 2019 à Perpinyà, après le verdict du 14 octobre

La Diada de 2019 marque les 360 ans de signature entre les Rois de France et d’Espagne du Traité des Pyrénées, par lequel le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir et la moitié de la Cerdagne passent sous couronne française. Acte illégal car sans consulter les Corts Catalanes, et illégitime car contre la volonté des catalans. À partir de quoi les deux États mettent en œuvre des politiques de colonisation et de répressions des identités et structures catalanes, notamment dans la réduction de l’usage de la langue, tant administrative qu’au quotidien. Le dictateur Franco a préparé avant sa mort une monarchie parlementaire qui n’a que l’apparence d’une démocratie européenne, quand les structures militaires, judiciaires et de police n’ont été adaptées qu’en apparences ; ce sont ces mêmes structures qui assurent la répression actuelle contre la Catalogne au sud des Pyrénées.

Et aujourd’hui, en octobre-novembre 2019 ?

Lorsqu’un système, un État, sont sur le point de vivre une transformation radicale, une Révolution, l’histoire montre qu’il se produit toujours un moment, un évènement clé, d’une importance significative, à partir duquel toute la donne change, puis ce qui est à venir devient inéluctable. C’est ce que Vicent Partal a expliqué par son éditorial exceptionnel du 13 octobre, la veille du verdict, dans Villaweb. Dans la démarche d’indépendance de la Catalogne se libérant de l’Espagne, le moment-clé a été le verdict du Suprem au terme du procès des prisonniers politiques sur toute cette année 2019. À partir de ce moment, pour un État devenu, au fil de dégradations successives, totalement fondé sur l’empilement de couches  de mensonges visant à se couvrir l’une l’autre, explosera un déséquilibre tel que cet État ne peut que s’effondrer, … comme un château de cartes.  

Au terme de ce procès, il s’est avéré impossible au Suprem de démontrer la rébellion. Il essaie alors de se légitimer en inventant des prétextes de sédition, contre de toute évidence l’absence d’objet réel, tant aux yeux de la population catalane et d’une partie de la population espagnole, qu’au yeux de l’essentiel de la communauté internationale, … si on met de côté les silences de la CE et de la France, ou l’avis de la Turquie dictatoriale. Il a été démontré que pas un seul euro sur les budgets de la Generalitat ni aucun budget public espagnol n’a été dépensé pour financer le referendum 1-O de 2017. Donc aucun objet à ce procès.

L’opinion internationale regarde incrédule cette sentence du 14 octobre en pleine Europe, et ne comprend pas encore vraiment ce qui se passe. Elle ne voit pas encore clairement les enjeux pour la Catalogne, pour l’Espagne, pour l’Europe. Les enjeux ? : la Catalogne ne va pas seulement recouvrer de nouveau dignement sa liberté, se libérer d’être la dernière colonie de l’Espagne, la Catalogne indépendante sous forme de République, proclamée de fait le 27 octobre 2017 par le Président Puigdemont, va être un exemple et un phare d’une nouvelle forme de démocratie dynamique, au cœur de l’Europe à reconstruire.

Le moment clé ayant donc eu lieu le 14 octobre, la marche vers l’issue est en route et ne s’arrêtera plus.

Le 18, le succès de la grève générale  a été un tremplin définitif vers l’objectif ; ce succès, avec toutes les marches, les rassemblements-manifestations constants, l’occupation d’El Prat, et milles autres initiatives dans toutes les villes de Catalogne, y compris Catalunya Nord, … maintient le Pays dans l’esprit du 3-O.

L’idéal, selon le choix de non-violence active des catalans, aurait été l’acceptation par l’Espagne d’un referendum d’indépendance, mais  …

  • L’État espagnol a brulé toutes les possibilités de négociation pour y mener, ne mettant en œuvre que la répression gratuitement violente. Il n’a jamais compris que la Catalogne indépendante aurait pu être son meilleur allié.
  • A la différence du 3 oct 2017, la plupart des gens pensent actuellement que ni le gouvernement ni la classe politique sont exactement en phase avec la réalité historique de ce qui est en cours. Les manœuvres politiciennes ne sont plus crédibles que pour une minorité, la grande majorité est devenue méfiante au vu de ce qui s’est passé depuis deux ans.
  • Aussi la grève générale a aussi pour objectif de sortir la classe politique de ses atermoiements, les élever et booster dans la réalité, les replacer en relation avec la rue, indépendamment des petits enjeux d’élections imminentes en Espagne.

Après depuis un et deux ans l’appui de nombreux Pays (Belgique, Finlande, Danemark, Portugal, Écosse, plusieurs Lands allemands, Suisse, Slovénie, Québec, Irlande, Islande…) et de nombreux collectifs d’experts de haut niveau (géopoliticiens, sociologues, économistes, philosophes, juristes …), dont l’ONU, même le Financial Times « explique », encore cette semaine, que les sentences d’emprisonnement ne peuvent résoudre la « crise » catalane !

La grève générale et ses suites sont une démonstration de la disposition du peuple à résister à quelque agression que le système en place à Madrid continue à faire, tous les jours.

Pour Elisenda Paluzie, Présidente de l’Assemblea (ANC), Jordi Sanchez étant en prison, l’État espagnol et la police sont responsables, concrètement sur les terrains, des violences, blessés, depuis le verdict. Avis aisément vérifié avec le recoupement de tous les témoignages, vidéos…, qui mettent bien en évidence : qui attaque, comment, avec quels moyens.

Déjà une semaine après le verdict (mais cette triste liste continue de s’allonger) :

  • 579 blessés. Attitude ultra-violente de la police notamment toutes les nuits.
  • 4 personnes ont perdu un œil.
  • 179 personnes sont détenues.
  • 28 sont emprisonnées.

Pendant ce temps :

  • la Présidente du Parlement Carme Forcadell et le vice-Président Oriol Junqueras restent emprisonnée.
  • de même plusieurs membres du gouvernement.
  • les dirigeants de l’Assemblea et de l’Omnium cultural, Jordi Sanchez  et Jordi Cuixart , de même.
  • 7 membres des Comités de Défense de la République sont détenus sans preuves.
  • le Président Puigdemont et plusieurs conseillers sont encore forcés à l’exil.

La Catalogne vit au jour le jour un état d’urgence démocratique.

Encore ces derniers jours, l’État espagnol continue de poser ses pions sur tous les champs :

  • pression sur le Tsunami democratic, tenter de le fermer après l’avoir qualifié de « terrorisme ».
  • fermeture de l’exposition « 55 photos pour la Liberté » à Tortosa. Un État qui a peur de l’Art !
  • le décret « de sécurité » du Premier ministre PSOE Sanchez, véritable acte de dictature.
  • injonction de la vice-Présidente d’Espagne à la Belgique de livrer Carlos Puigdemont ! Acte qui atteste du dédain de la séparation des pouvoirs ! Injonction liée à reconnaître la « démocratie » espagnole en l’état, alors que cette Constitution est inachevée, violée, et ce que l’on sait de ses graves dysfonctionnements. Injonction assortie d’une menace contre un des Pays de l’Union, ignorant que dans ce Pays les trois régions le composant sont et se vivent à égalité de statut. C’est là un acte qui signe la perte de contrôle de l’exécutif espagnol actuel, et qui devrait achever de ridiculiser ce gouvernement et ses alliés, de quelque orientation qu’ils soient, aux yeux de tous les institutionnels sérieux.

Depuis cette première semaine, le peuple est dans le bon sens en profitant des départs de la police pour occuper en permanence la rue, mettre en évidence l’injustice de la sentence et de tout ce que les gens ont vu, pour défendre leurs enfants, réclamer la libération de tous ceux qui ont perdu la liberté.

Car la rébellion efficace contre la répression, le questionnement systématique du pouvoir de l’État, la critique sans faiblesse de la tentative de criminaliser l’indépendantisme … invalident de fait la stratégie répressive de l’État

Fin octobre, un sondage basé sur un échantillon de 1200 personnes donne les partis indépendantistes majoritaires tant en voix (58 % en ne tenant pas compte des abstentions) qu’en sièges.

L’État espagnol continue dans sa mentalité d’inquisiteur.  C’est sa nature comme le scorpion qui pique à mort la grenouille ; il ne peut pas s’en empêcher. Après 2 ans de répression, constatant qu’ils n’ont fait que renforcer la détermination des catalans, les Partis non-indépendantistes se concertent sur le moyen de réduire l’autonomie de la Catalogne dans les mois qui viennent : retour au 155 ou même état d’exception ? Ils vont tenter de tout diriger  directement depuis Madrid :

  • l’école publique
  • les délégations extérieures
  • TV3
  • L’intégralité des Mossos d’esquadra
  • … tout

… en supprimant le Parlement, le gouvernement, le Président.

Dans ce cas, si l’État espagnol peut effectivement pendant un temps récupérer l’administration, il n’aura ni la confiance ni l’adhésion de la grande majorité, … car plus de 80 % de la population du Sud souhaite un referendum sur l’indépendance reconnu légal, dans les règles.

Continue la multiplication des actes concrets et symboliques dans plusieurs provinces d’Espagne :

  • manifestations pro-indépendantistes à Madrid et plusieurs autres grandes villes.
  • bannières espagnoles retirées en Pays basque, et manifestation monstre à Bilbao.

… et en Catalogne même :

  • Succès du Tsunami démocratique. Vers une succession d’occupations dynamiques des places, des avenues, des routes, des aéroports, des voies de chemin de fer, des bâtiment logistiques et/ou symboliques. Il importe de continuer à rendre visible la révolte contre la tyrannie et la détermination de vouloir un autre futur immédiat.
  • Auto-institutions de municipalités en Consells locaux pour la République, affirmant que leur territoire est une partie de la République catalane, libre et souveraine.
  • À Barcelone et d’autres villes de Catalogne, sur l’initiative de l’Omnium cultural, des centaines de personnes se présentent au juge pour s’auto-inculper de sédition, déclarant avoir voté le 1er octobre 2017,  en solidarité avec la condamnation des « prisonniers politiques ». Des queues entières dans la rue. Précédent du 9-N où des milliers de personnes avaient fait de même pour « désobéissance ».
  • Manifestations collectives des maires de la majorité des communes, cette dernière semaine encore a Palau

Les efforts durs et difficiles de la majorité des gens pendant deux ans ne peuvent mener le peuple à accepter la reddition. Les États qui se reposent sur une telle stratégie visent à forcer les citoyens à se soumettre à la Loi, la justice servant alors le pouvoir exécutif. Il s’agit de priver les populations de la gestion de la démocratie, pour en attribuer l’exclusivité au système en place. Et réduire de plus en plus les libertés.

Le système en place tente d’instituer ce « respect » du pouvoir de la Loi, et le lie dans les médias à la répression autoritaire.

Il est donc important que la classe politique catalane, appuyée par les associations civiles qui maillent le territoire, surpasse la « légitimité » constitutionnelle actuelle par le Consell de la Republica.

Le Conseil compte actuellement 75000 inscrits.

Il est important que la population catalane, occupant la rue et tous les espaces publics, reconnaisse la légitimité du Consell, pour assurer la transition de l’installation de la République. C’est le peuple qui dicte aux politiques.

L’État espagnol se trouvera alors devant un « partenaire » avec les mains complètement libres, d’égal à égal, hors de son contrôle… et non plus une institution vidée maintenue en dépendance par la force.

Ces derniers jours, multiplication des prisonniers politiques et des perquisitions au domicile, toujours sur des prétextes.

Et ensuite, même s’il y a des morts, arrivera un moment où l’État espagnol ne pourra faire plus. Il reste peu à ajouter pour y être. La confrontation frontale sera alors inévitable ?

Que va-t-il se passer ? Faire occuper le Pays par l’armée ? Dans d’autres zones de cette planète, on constate que c’est ce qui se passe, ainsi actuellement en Syrie. Mais en Europe de l’Ouest, ce serait le chaos à Bruxelles et à Strasbourg.

Le peuple lui, visiblement, n’a pas peur, et va mettre en place la République.

Et quel va être le devenir de l’Espagne ? Le New York Times, pas n’importe quel journal de fond, s’interroge, ainsi que de nombreux autres acteurs politiques et socioéconomiques dans le monde, devant le constat de 4 votes en 4 ans !

L’histoire a plusieurs fois fait exemple : comme nous l’a rappelé Vicent, quelques évènements sur peu de temps pour l’effondrement du monde ancien.

Sempre endavant.

Comitè de Solidaritat Catalana de Perpinyà

Michel Vallée 1er novembre 2019

Moments-clés signes du basculement d’un système

Un nouveau texte de fond est disponible en PDF sur le côté de la page d’accueil de ce blog. Il s’agit de la traduction du catalan en français de l’éditorial du dimanche 13 octobre de Vicent Partal sur le journal internet Villaweb. Effort de traduction en français car ce texte est une référence géopolitique, en ce sens qu’il met en évidence plusieurs enseignements majeurs des dynamiques de long terme.

Toute puissance est appelée à disparaître ou à être réduite à peu en regard de son temps de gloire, qu’elle se délite sur une longue durée tel le cas bien connu de l’Empire romain, ou qu’elle s’effondre comme un château de cartes tel le cas lui aussi bien connu de l’Union soviétique (soit une autre identité que celle de la Russie). Vicent Partal met en évidence que pour chaque bouleversement de cette ampleur, chaque changement radical de système, un moment clé, un évènement tout autant concret que symbolique, en signe l’imminence. Il explique que pour l’Union soviétique, ce moment a été Tchernobyl (ainsi que Gorbatchev l’a reconnu depuis). Pour le système nazie, c’est Stalingrad. Pour l’Empire romain, nombreux sont les historiens qui identifient la conversion de Constantin (peu avant de mourir de cette vie-ci). Pour l’Espagne actuelle, ce sera le verdict condamnant les « prisonniers politiques catalans », innocents.

Autre trait majeur significatif, un régime, quelle qu’en soit la puissance apparente, au-delà d’un certain seuil de dégradation interne, se trouve structuré sur le mensonge, les mensonges successifs couvrant, aux yeux de l’interne encore plus que de l’externe, les mensonges précédents. L’évènement clé va précipiter la révélation de la carapace de mensonges intriqués entre eux, … la chute est alors inéluctable.

Cette longue note du 13 octobre, veille du verdict prononcé officiellement le 14, développe ces enseignements. Les connaître et comprendre pour lire ce qui se passe depuis et va se passer.

29 octobre 2019

L’hymne de Catalogne, Els Segadors, est totalement d’actualité

Reprenons le trait principal des trois couplets de la version actuelle des Segadors ( les faucheurs).

Le premier couplet dénonce “aquesta gent tan ufana i tan superba” (ces gens si orgueilleux, vaniteux et si hautains, si arrogants). De fait, depuis la nuit des temps, la dominance castillane traite toutes les autres entités ainsi, les traite en colonies considérées comme soumises, ce qui est exactement le traitement fait à la Catalogne, en tous domaines, tant culturels qu’économiques … Il est bien naturel et légitime que, porteuse d’une histoire démocratique et riche d’un millénaire, elle demande, exige, pose son indépendance.

Le second couplet encourage le peuple à rester en éveil “ara es hora d’estar alerta” ( il est temps de rester vigilant, en garde). L’arrestation puis l’emprisonnement de sept membres des CDR, une des associations civiles des catalans (avec l’Assemblea, l’Omnium, l’Association des Maires) cette semaine, pour terrorisme quand il n’y a pas un cheveu à leur reprocher, après les centaines d’exactions menées ces dernières années depuis le recul de Madrid sur les avancées en autonomie, … action violente gratuite, montre bien que le peuple catalan se doit de rester en état d’alerte. Les abus et dénis de droit sont tels que la Catalogne vient de renter en “désobéissance civile” ; c’est de bon et plein droit.

Le troisième couplet met en garde la gouvernance devant la force latente, potentielle, là, représentée par la bannière “Que tremoli l’enemic” (que l’ennemi tremble), … il annonce honnêtement la couleur, met en garde. Les ex-partenaires auxquels étaient tendue la main pour négocier se sont placés dans leur morgue, eux-mêmes, en ennemis. Les capacités de la Catalogne à assurer quoiqu’il lui soit asséné ne sont plus à démontrer ; tant de puissances politiques, économiques, sociales, culturelles, juridiques (puisqu’ils y tiennent tant) … en témoignent. Les 500 Guardia civils envoyés, depuis hors de Catalogne (!) pour arrêter sept hommes constitue un signe évident de peur. Me fait penser à la Grande Armada espagnole, la plus puissante flotte d’alors, orgueilleuse et sure de son succès éclatant, pour occuper l’Angleterre d’Elisabeth Ière. Elle a été décimée en moins d’une semaine par une petite flotte de plus petits navires corsaires d’hommes du peuple à la fois marins et soldats. Aussi, effectivement, que le pouvoir castillan prenne garde, car les catalans sont “comme des poissons dans l’eau” tout en brandissant l’ “ensenya”.

Quand au refrain “bon cop de falç” (un bon coup de faucille), il est à considérer non seulement dans le contexte actuel Catalogne/Espagne, mais d’autres Pays tant en Europe qu’au delà. La mutation de civilisation est engagée.

Michel André Vallée 27septembre 2019

C’était à la 51ème Universitat Catalana d’Estiu, … quelques traits de droit international

C’était à la 51ème Universitat Catalana d’Estiu (Université Catalane d’Été) de Prades, qui vient de se terminer ce matin. Pendant 7 jours, accès libre à des cours de haute tenue en sciences de la nature, sciences dures et technologie, santé, économie, droit, philosophie, histoire, langues, littérature, histoire de l’art, musiques, genre, politique. L’après-midi, ateliers d’interprétation et théâtre, photographie, danse, chant populaire, … et des excursions en montagne. Ainsi que de nombreux temps de débats orientés cette année sur les enjeux européens de la Catalogne (tant pour l’Europe que la Catalogne), dont particulièrement 5 moments animés par l’ANC (Assemblea National Catalana), une des plus importantes et actives associations de la société civile. Cette 51ème UCE a été honorée de la visite de Quinn Torra, Président de la Generalitat de Catalunya.

Quelques notes de  traits juridiques nationaux et internationaux saisis au fil de trois de ces temps hier vendredi 23, significatifs dans le contexte actuel.

L’histoire témoigne de nombreux cas d’écarts importants entre les écrits et déclarations de droit, et les restrictions dans leur mise en œuvre, par ex. en France entre la Déclaration des droits de l’Homme et le droit de vote des femmes qui a attendu la Libération. Actuellement écarts lourds entre le droit de manifester, le droit à l’autodétermination, … et les pratiques actuelles de plusieurs États !

La qualification de séparatisme ne tient pas du hasard. Séparatisme porte une connotation négative, préjudiciable, qui influe sur la difficulté de reconnaissance tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Espagne. À une autre échelle, association avec « l’image » du divorce », alors que ce dernier peut être à l’évidence motivé, fondé, sans impliquer pour autant de violence ; mais séparatisme implique cette idée de violence, pourtant gratuite. L’histoire récente entre Catalogne et Espagne montre d’où est de fait agie la violence.

La question de l’égalité entre Nations (droit international) comprend la question de « ce qu’est un peuple ». Réponse (Nations Unies) : une Nation portée par un peuple tient à une reconnaissance de tous les jours, simple et évidente, « ordinaire », de ses citoyens ; elle est tout autant culturelle qu’économique, relève d’une histoire. Alors l’autodétermination est constitutive, essentielle même, des droits fondamentaux, tant collectifs qu’individuels. C’est donc un phénomène tant subjectif qu’objectif, et la pratique internationale a mis en évidence que l’objectivation de cette subjectivité se décline de la reconnaissance extérieure.

Le principe de subordination est posé par l’Espagne envers le processus indépendantiste. Là dessus, les NU font « le test de l’eau salée », soit de la proportion des reconnaissances qui font qu’il y a mélange intégré ou non intégré. Ce « test » a été quasi-systématiquement utilisé dans la période de décolonisation. Dans un État, l’assimilation peut résulter d’un colonialisme interne. La subordination y va avec l’image intégrée par le subordonné de la supériorité de l’oppresseur, puis le temps fait le mélange. Ce n’est en rien le cas de la Catalogne, tant pendant de si longues périodes de son passé depuis mille ans qu’actuellement depuis la sortie de la dictature franquiste ; mais c’est intégré dans les fantasmes conscient et inconscients de l’unionisme castillan. En France, cela fait belle lurette que la Bourgogne ne pose plus ce problème (le processus ayant commencé avec Louis XI) ; je ne choisi pas cet exemple au hasard compte tenu de la longue histoire entre Bourgogne et Flandres. La Catalogne est donc en total droit à l’autodétermination. Les violences qu’elle subit accentuent ce droit aux yeux de la reconnaissance internationale (…mais aussi  interne sachant ce que vivent 6 millions de personnes au quotidien).

L’actuel tribunal d’exception (El Suprem) dépend de toutes évidences du politique, quoique les divers dirigeants politiques aux manettes en disent. C’est un procès National et non un procès judiciaire, ; il y s’agit de transformer des actes démocratiques (menés dans une attitudes pacifique par des millions de personnes) en délit de rébellion ; le judiciaire, en ayant pour tâche de justifier le politique, en est d’ailleurs amené à se justifier lui-même. Aussi, et ce depuis tôt après le début de cette action, de plus en plus d’actes extérieurs, de sources diverses couvrant quasiment l’ensemble des champs politiques, comme chacun le sait, attestent qu’il y a là un problème de fond. D’autant plus, qu’outre les leaders, sont menés de très nombreux actes de répression sur de simples citoyens.

Mais, en regard des démarches tant vers les « prisonniers politiques » que les tentatives vers les « exilés », les décisions judiciaires actées ailleurs en Europe sont » in-entendables » en Espagne, … même si, devant les réactions judiciaires et positions « d’ailleurs » face aux tentatives, l’Espagne s’est retirée systématiquement, … n’y pouvant mais.

Mais, les faits sont là, totalement inconsistants au pénal, tous !

Mais, le succès du processus indépendantiste …signifierait la négation de l’actuelle Constitution espagnole, dont sa dimension monarchique. Pour la Justice et l’État espagnol, où s’est perdue la « prévisibilité » du droit (tel acte entraîne si attesté à l’évidence telle sanction ou non selon la Loi), … l’enjeu est de reconduire l’état antérieur ainsi que les clans qui le portent. Comme cela est impossible, les suites ouvrent à tous les possibles et tous les dangers.

À noter que la place des élus catalans au Parlement de Strasbourg est importante, pas seulement par respect de l’expression des électeurs, mais aussi car elle constitue l’expression d’une « minorité nationale », qui en soi en droit international suffit à ouvrir le droit à l’autodétermination. De plus, savoir aussi qu’en droit européen, l’immunité parlementaire est (devrait être) effective dés l’instant même de l’élection !

Une information : le 155 ne peut intervenir sur les actes du Consell per la Republica, de statut international. Néanmoins en France sur 300 kms au delà de la frontière, faire attention à l’accord de Malaga de 2002 passé entre la France et l’Espagne, en fait aux débordement éventuels d’interprétation.

Deux autres remarques personnelles :

  • admiration envers la Tchéquie et la Slovaquie qui ont su se séparer correctement, posément, proprement , et savent depuis vivre chacune en bonne entente.
  • tristesse en considérant la situation du peuple kurde, partagé entre quatre États (Turquie, Syrie, Irak, Iran) et spolié de son droit à l’indépendance depuis plus d’un siècle, droit réactivé récemment pas ses engagement courageux.

Michel André Vallée   24 août 2019

Le jusqu’auboutisme dans l’absurde du colonialisme castillan

Examinons les décisions prises, ces dernières semaines 21, 22 et 23 de cette année 2019, par l’Espagne envers les dirigeants « prisonniers » et exilés de l’indépendantisme catalan.

En résultats des élections aux « législatives » espagnoles du 28 Avril, quatre des principaux leaders indépendantistes « en prison » (Oriol Junqueras, Jordi Sanchez, Jordi Turull, Josep Rull) ont été élus députés et un (Raül Romeva) sénateur.

Un des premiers actes des Cortés (le Parlement espagnol) a été de suspendre par vote ces quatre députés catalans, et le Sénat espagnol a fait quelques jours après de même envers le sénateur catalan !

Rappelons que fin Mars, quarante et un sénateurs français (de tous Partis et Régions) ont formellement demandé à l’État français et à l’UE d’arrêter le désordre, le gâchis causé par l’Espagne avec sa violation des droits civiques, … entrainant immédiatement une opposition-réprobation violente tant dans les termes que la démarche diplomatique de la part de l’ambassade d’Espagne en France. En cohérence avec d’autres interventions de cette ambassade ces toutes dernières années.

Enfin, des politiques français (mais pas l’establishment aux manettes) disent, clairement tout en restant dans les cordes du « convenable », que cela a trop duré. Seuls auparavant, quelques médias et personnalités françaises avaient « osé » condamner un déni inadmissible de démocratie. Ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres de même nature ces dernières années (les constats et témoignages sont en abondance sur des supports de dorénavant quasi toutes tendances).

Suite : en résultat des européennes du 26 mai, deux leaders indépendantistes exilés sont élus au Parlement européen, Carlés Puigdemont et Toni Comin. Ce 29 mai, jour d’installation à Strasbourg des élus européens, les deux élus catalans se sont vus interdire d’entrer au palais du Parlement, donc de pouvoir commencer à exercer leur mandat, sous prétexte de conditions de sécurité, et en fait sur décision politique du Président sortant du Parlement, Antonio Tajani et de son secrétaire général, Klaus Welle, tous deux membres du PPE !

À Madrid, le procès des leaders du mouvement indépendantiste catalan « prisonniers politiques » en prison vient d’entrer cette semaine dans sa phase terminale. Toutes celles et ceux qui suivent ce « procès », dont de nombreux médias journaux et sur la toile, ont bien compris depuis son début (et même depuis l’arrestation officielle des « prisonniers politiques ») qu’il est sans fondements, et que le système judiciaire espagnol a été incapable de rassembler les preuves liés aux objets de l’accusation, tant en ce qui concerne la sédition que des malversations financières. Les faux témoignages avancés par des policiers et militaires ont même été retournés ! En fait pas étonnant compte tenu de l’option de non-violence et de négociation traditionnelle de la culture catalane.

Rappelons que depuis les suites du 1er octobre 2017, le processus judiciaire et politique engagé par l’Espagne a été formellement dénoncé et condamné en Allemagne, en Finlande, en Suisse, au Danemark, au Portugal, en Slovénie, tant en Angleterre qu’en Écosse, au Québec, … et que la semaine dernière l’ONU a demandé à l’Espagne, après une instruction sans appel contre les pratiques de l’État espagnol, la libération immédiate des « prisonniers » qui en droit ne devraient depuis le début pas en être, qu’ils soient indemnisés, et d’engager une enquête complète et indépendante des droits floués ces dernières années ! Immédiatement, l’Espagne a exigé le retrait de l’habilitation de deux des membres du groupe d’experts de l’ONU !

Rien n’y fait, ce Tribunal, sans preuves, vient cette semaine quand même de confirmer la demande de condamnations  à des 15 à 25 ans de prison !?

C’est là, sans exagérer, typique de la même rage cruelle, vindicative et perverse qui a, sous la dictature Franco, condamné à être garrotté trois ou quatre fois (si mon souvenir est correct)  le dernier des basques qui a été exécuté. Raideur extrême d’un système.

En soi, quelle monstruosité gratuite que d’utiliser le garrot pour les exécutions capitales, provoquant une très longue et douloureuse agonie !

Pendant ce temps, certes l’article (abusivement mis en œuvre) 155 a été levé après le remplacement de Mariano Rajoy (PP) par Pedro Sanchez (PSOE), mais toutes les restaurations de la privation de l’autonomie de la Generalitat de Catalunya ne sont pas encore effectives, les freins ont été poussés au bout du bout, … et les exactions et difficultés « gratuites » auprès de maires et particuliers continuent au plan local, tout juste adoucies et moins visibles depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sanchez.

De tout cela, en sont complices non seulement le système de pouvoir, dont la royauté mise en place par Franco, espagnol, mais aussi de ce côté des Pyrénées le gouvernement et la partie « aux ordres » de la presse française, et plus général la CE et les Présidents tant de la Commission de Bruxelles que du Parlement de Strasbourg.

Question, le prochain Président de ce Parlement qui va être coopté donc élu par une nouvelle majorité (encore à constituer) va t’il modifier dans le sens de la démocratie cette attitude, et jusqu’où ? Avec quelles répercutions en effet domino ?

En attendant, j’ai eu l’opportunité vendredi 24 d’emmener quelqu’un à l’aéroport international d’El Prat de Barcelone, tôt le matin. Disposant de temps, je suis rentré en France en passant par plusieurs lieux que je souhaitais revoir. Un des traits qui m’a frappé, sans parler du dynamisme évident de Barcelone, est l’activité locale dense tant industrielle qu’agricole dans tout le Pays. Les gens travaillent, ce Pays a et développe une âme spécifique, … là où dans de plus en plus d’autres Pays, dont à l’évidence la France (passée du 5ème rang mondial à entre 15ème et 40ème selon les critères), tant déplorent l’état de dégradation.

C’est le même constat à chaque déplacement que je fais « au Sud » (de la Catalogne), … et cela rejoint tant de constats d’économistes et sociologues internationaux sérieux, dont nous pouvons disposer.

Bien entendu, il est possible de comprendre au premier regard pourquoi l’Espagne actuelle (dont les constitutions des diverses « provinces » sont diverses ?) ne veut à tous prix pas « perdre » ce « territoire » ; c’est elle qui ne veut pas perdre de l’exploiter comme une de ses dernières colonies, … et non l’inverse du procès d’intention non fondé que les catalans ne veulent pas partager leur richesse.

Alors, si là est la vraie motivation de l’establishment castillan, car c’est au regard de l’histoire la culture de la Castille et de ses « conquistadors » qui a imprégné comme une sorte de pensée unique la quasi intégralité de cet establishment là, … comment la gouvernance espagnole n’a t’elle pas compris que la Catalogne indépendante pourrait être son meilleur allié économique et culturel, … au lieu de la repousser aux yeux de tout un peuple (dorénavant un 50 % réel régulièrement croissant) ?

Non, certes, la motivation économique existe, mais les motivations identitaires de fond sont autres. En 2019, en plein processus de refondation de l’Europe pour redresser la tête dans une mondialisation qui la noie, la représentation collective castillane est bien archaïque, … et absurde. No pot durar.

Et la Catalogne indépendante pourrait bien être une des entités exemplaires de reconstruction attendue de cette Europe.

Michel André Vallée 2 juin 2019

Rencontre avec Jordi Puig, un grand sans ses jambes

Hier j’ai donc eu l’honneur, au milieu de mes amis d’ici,  de rencontrer cet homme qui termine un parcours de plusieurs centaines de kms au travers de toute la Catalogne sur son fauteuil roulant. Parti des Baléares, il termine aujourd’hui à Salses, à la frontière Nord. Il s’était arrêté hier dans le Conflent pour visiter l’exposition de photos sur la Retirada, si nettement symbolique en montrant que les façons dont les hommes se traitent n’ont pas changé entre il y a 80 ans et aujourd’hui, dans le meilleur comme dans le pire.

Je ne rappelle pas ici pourquoi ni comment Jordi a perdu ses deux jambes, simplement que ç’est dans un geste d’honneur. Mais il nous a raconté comment il a été systématiquement toujours aidé, partout , dans les Casals, Associations, Structures solidaires diverses, et par les gens croisés sur son chemin. Il a rapporté que, là où il a été accueilli, partout en Catalogne, il a reçu le témoignage de la volonté de ce peuple à reconstruire sa Liberté (Llibertat), avec la connaissance et certitude que ce destin est inéluctable et que, malgré les obstacles conservateurs et réactionnaires, même si il n’est pas encore possible de savoir exactement comment, la voix est ouverte, là, proche, incontournable telle qu’elle se prépare. Il a aussi rapporté que, même si la démarche catalane se veut de part sa nature historique pacifique, les abus de violence de l’1-O ne se renouvelleront pas encore ainsi, car lorsque l’indépendance, qui est proclamée, sera actée, si, dans un endroit, les agresseurs entrent ainsi en force, ils ne sortiront pas ! Oser le dire avec le cœur quand le mot d’ordre du devoir de désobéissance est devenu explicite.

Le lui ai posé la question, traduite en catalan par une camarade, « Qu’est-ce qui vous meut, non dans la tête, mais venant du ventre ? ». Sa réponse : « L’amour, l’amour de la vie, l’amour de ce que nous sommes. Il est toujours si émouvant de voir, sentir, entendre les personnes que l’on rencontre savoir ce qu’elles veulent, simplement, et le partager entre elles ». Fem pais.