LES CODES

Une synchronicité est un phénomène apparemment original mais bien plus fréquent que nous sommes éduqués à le percevoir : sur un court laps de temps (quelques heures à quelques jours) nous (individu ou petit collectif « animé ») percevons des actes, des gestes, des paroles, des signaux dans l’environnement, qui n’ont apparemment rien à voir au plan opératoire entre eux,  ou de sources carrément distinctes qui ne se connaissent (apparemment) pas, …ET POURTANT nous y entendons, sentons, comprenons un constat cohérent à faire !

En voici une qui visiblement m’a visée cette toute dernière semaine : LES CODES.

Plusieurs personnes autour (a l’entorn en català) ont insisté pour les commenter, en plein (elle connaissait le code) et en creux (il n’avait pas les codes), toujours à propos d’’expériences sociologiques entre ce que « l’on » appelle de plus en plus « communautés », ou aussi niveaux de statut dans la société.

Bon, s’il en est ainsi, quelles couches de notre société portent des codes distincts, du plus humble au plus « plus » :

  1. Le lumpenprolétariat. On y vit au quotidien dans l’indigence quasi-totale, sans pouvoir compter sur rien. On y est malade et meurt dans la misère. On manque quasi totalement de marges de manœuvre, sauf un apprentissage à survivre au jour le jour.
  2. Le « bas de la colline »  (allusion au film « Au nom de la rose »). On a un toit partagé avec une ou deux-trois familles, recomposée ou non, et on y mange tout les jours, voire même de temps à autre on ripaille. Les tâches sont les plus élémentaires, sans qualifications spécifique, plus ou moins bien assurées.
  3. La base de la classe ouvrière ou paysanne. S’y retrouvent les manœuvres et pour les anciens la petite promotion fin de carrière Un statut social reconnu susceptible d’assurer un revenu minimum, mais des fins de mois souvent difficiles ; toujours des emprunts sauf à se priver de tout superflu.
  4. L’aristocratie de la classe ouvrière, porteurs de qualifications, de savoir faire. Dont certains même recherchés. Au fil de la carrière des contremaîtres.  Une retraite correcte assurée, jusqu’à il y a quelques années (depuis que leur réévaluation régulières aient été gelées)
  5. La base de la petite bourgeoisie,  petits commerçants, fonctionnaires non gradés. Une partie des techniciens supérieurs. La plupart pendant les « courtes » Trente glorieuses ont construit ou acquis des pavillons …
  6. La bourgeoisie moyenne, des fonctionnaires gradés, des officiers, le reste des techniciens supérieurs et une partie des ingénieurs, jusqu’à des universitaires. Cette tranche présente des niveaux très divers de culture générale et de ressources relationnelles, sa zone « supérieure » étant floue quand aux codes avec la suivante. Il s’agit plus d’un sentiment perçu d’appartenance que d’un statut. Mais les revenus sont inférieurs à la tranche suivante.
  7. La bourgeoisie très à l’aise, totalement autonome financièrement pour pouvoir voyager longtemps si besoin, offrir à ses enfants une formation visant « l’élite », assurer aisément un exil si nécessaire … Les artistes qui ont réussis s’y retrouvent.
  8. Les dirigeants publics et privés, « aux manettes » des institutions et entreprises, des gouvernances d’État.
  9. La fortune, en partie visible et en partir discrète, la partie discrète permettant de jouer un rôle conséquent au sein du Deep power.

Bien évidemment, en ce temps de mutation de civilisation (les ouvrages et films ou vidéos abondent), les CODES semblent se mêler … néanmoins ils restent reconnaissables. Alors que les ascenseurs sociaux du XXème siècle sont détruits, … comme disent souvent les « jeunes » qui entrent dans la vie vaille que vaille, on les a ou on ne les a pas !

La progression « au mérite », un de nos anciens piliers, ne compte plus. Ce sera un critère fort à reformater pour l’avenir, … car nous allons tous avoir besoin de tous, de la tranche 1 à la tranche 9.

La Dichotomie ?

En ce temps de mutation de civilisation, marqué par les prises de conscience des complexités, de la complexité, du complexe (Edgar Morin), dont des moindres sont bien la coexistence intriquée de mondes physiques différents (Stephen Hawking) ou la multiplicité imbriquée en transformation permanente des centaines de milliards de cellules de nos cerveaux, … parmi un des constats qu’il est difficiles de penser est bien celui de la perduration de la dichotomie !

En effet, en sociologie et en économie, et donc en politique, il y a ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités. Ceux qui exploitent sont une toute petite minorité, les vrais détenteurs de la puissance de l’argent, avec tous leurs « hommes de main » ou serviteurs plus ou moins conscients de l’être de nature très diverse ( militaires, juristes, comptables, médecins, employés, logisticiens … politiques … marrons). Ceux qui sont exploités sont tous ceux qui sont en statut de dépendance envers les premiers, qui produisent la richesse de ces derniers par leur peine même si ce qu’ils font finalement leur plaît (loin d’être le cas pour le plus grand nombre), et qui s’il n’y avait par cet accaparement seraient collectivement bien plus à l’aise par la juste répartition des fruits du travail sur la nature.

On parle d’élite. En 2019 « élite » est devenue la part de la population pensant et se comportant visiblement « hors sol », de plus en plus déconnectée de celles et ceux « qui n’en sont pas », « qui ne savent pas », « qui n’ont pas compris », … ce qui en soi est un déni collectif du pourtant simple bon sens. En effet la dichotomie s’est cristallisée à un tel point que la vraie élite disons intellectuelle s’est scindée en deux, ceux qui ont choisi « d’en être » et ceux qui ont choisi de demeurer humanistes, sociaux (encore « partageux » donc), conscients et respectueux de la nature, non déconnectés de cet ensemble « complexe » des réalités.

Pendant des siècles, au fil de l’histoire de ce temps de cette humanité (« cette » car plusieurs hypothèses sérieusement instruites qu’il en a existé d’autres « avant » les derniers grands cataclysmes), c’est développé un long temps de capitalisation, de constitution progressive de l’ensemble des connaissances disponibles, … en même temps que la construction par étapes de toutes nos infrastructures matérielles. C’est donc dégagée progressivement une part de plus en plus importante et diversifiée d’élite intellectuelle, utile et nécessaire à tous et au bien commun, … aux côtés des chefs, des dirigeants souvent issus des guerriers comme un Dumézil l’a si nettement expliqué. Certes il y a eu de nombreux tyrans et pourris, très nombreux, mais de plus en plus pondérés par cette dense élite et par l’élévation du niveau d’éducation de la masse dite populaire.

Dans d’autres zones de cette planète, il n’y a pas eu de masse mais des clans, des peuples moins nombreux qui se sont institués des rituels collectifs divers marqués par le bon sens de l’adaptation aux environnements.

Mais là, pris dans une mondialisation « décompléxée », les nervis du Deep power dominant ( ces derniers tentant de rester relativement discret), sont donc devenus « hors sol ».

Et il est devenu plus transparent que jamais qu’ « ils » sont alliés aux grands possédants conservateurs.

Il y a donc dichotomie entre :

  • d’une part  les exploitants réactionnaires, conservateurs, grands possédants, souvent machistes, voire fascistes, gravement intolérants, et tous leurs affidés dont une partie de l’ancienne élite, … et …
  • d’autres part le plus grand nombre de celles et ceux (dont l’autre partie de l’ancienne élite) humanistes et démocratiques entre eux, motivés par une vie individuelle et collective en accord avec la nature et le bon sens des réalités, attentifs à une continuité saine des progrès en sciences et en économie.

Les premiers sont imprégnés par les mafias, les autres en partie consomment les offres des « vices » (drogues …) et enrichissent là aussi les premiers.

Nous savons que le Mal tout comme le Bien sont des construits sociologiques, sous-éléments des morales. La dichotomie n’est donc pas là, … même si fonctionne encore pour beaucoup « l’opium du peuple ».

À l’heure où les matérialités rejoignent et se tissent avec les spiritualités (quantique, neurosciences, conséquences anticipées des IAs, écologismeS …) ce n’est plus le fond philosophique.

De quoi alors retourne cette dichotomie ? Comment perdure t’elle ?

Michel André Vallée 10 juillet 2019

Semaine 26 (JUIN 2019) géopolitique

Au G 20 à Osaka, Trump et Xi Jinping se rencontrent à deux, hors des plénières. Trump revient sur ses déclarations et une partie de ses actes de guerre commerciale contre la Chine ! Les économies des deux pays seraient devenues trop intriquées >>> en fait c’est la Chine qui a réussi son jeu de Go économique sur les deux territoires, et échappe aux décisions yankees sur Huawei notamment, soit l’arme la plus efficace (même si elle pose ici en Europe des problèmes aux écologistes en matière de santé).
En Iran, Trump renonce à bombarder l’Iran malgré une fois de plus un montage grossier dont personne n’est dupe. L’Iran a pour alliée la Russie qui a pour alliée la Chine. La Russie a nettement posé ses piquets au Moyen Orient ; l’armada des States ne compte pas plus que cela. Et les nouveaux systèmes antimissiles russes, technologiquement plus avancés, ont stoppé les positionnements américains à l’Est de l’Europe.
En Amérique du Sud, un coup d’État militaire contre le gouvernement est déjoué au Vénézuela. On sait d’où viennent les coups d’ État militaires en Amériques centrales et du Sud. La Russie et la Chine ont de gros intérêts financiers au Vénézuela. Toujours en Amériques du sud, l’accord de libre échange est convenu entre la CE et le Mercosur (Brésil – Argentine – Uruguay – Paraguay) ; on peut ne pas aimer cet accord pour plusieurs raisons, mais du fait même l’Amérique du sud est un peu moins chasse gardée des States.
Aux États-Unis même, les États et les villes ont des marges de manœuvre telles que le refus de la Maison Blanche de s’engager sur le climatique rencontre la désobéissance affirmée de ces entités, donc la forte minorité réactionnaire ne contrôle pas son jeu de Go interne.
À suivre …

L’essence du respect.

Retransmis le 23 juin 2019, hier soir, sur ARTE. Les musiciens vont prendre leur place, le chef d’orchestre parmi eux, restant à échanger avec l’un et l’autre avec un doux sourire, jusqu’à rejoindre son pupitre. Plus que de les voir, on les sent émus du plaisir et de l’honneur d’être là. Direction simple, explicite, physiquement engagée malgré son grand âge de Seiji Ozawa, chef de file japonais de la direction d’orchestre, de la pédagogie, de la transmission. Ozawa dirige la 7ème de Beethoven au festival Matsumoto 2016. Entre les mouvements il prends le temps de se reposer un moment sur un petit tabouret, dans le silence général. Le respect et l’amitié partagés exhalent de l’ensemble, auditeurs dans la salle et orchestre. Les applaudissements ne s’exprimeront qu’à la fin de l’interprétation (auparavant silence correct tenu), alors que Seiji va humblement, dignement, amicalement, saluer et un mot avec chacun de tous les musiciens. Le spectacle, ce n’est pas la 7ème, c’est ce tout de ce moment d’interprétation, émouvant, prenant. Je dis avec humilité car l’humilité juste est agir et s’exprimer selon ce que l’on est et peut donner, certes ni plus mais tout autant ni moins. Qualité d’être. Une des facettes de la beauté.

Une dictature douce et efficace ?

Hier soir, le dossier d’ARTE a été consacré à Tiananmen. Il y a trente ans, en juin 1989, les étudiants de Pékin, puis le peuple de Pékin, vite relayés par les étudiants et le peuple de toutes les grandes villes de tout le territoire de la Chine, ont failli réussir une Révolution vers un État et une Nation démocratiques quasi-utopique (au sens de Thomas More), à l’époque où le Grand Gorbatchev animait en Russie encore soviétique la Pérestroïka. La direction du Parti communiste chinois était divisée, a été sérieusement ébranlée et a failli négocier avec les représentants élus du mouvement, qui avaient eu la qualité de s’auto-organiser en si peu de temps. En effet la première vague de l’armée, envoyée pour « remettre de l’ordre », s’est retournée et a pactisé avec « son » peuple. Mais la section conservatrice de la direction du Parti l’a emportée, et a donné tous les pouvoirs a Deng Xiao Ping, qui a alors envoyé les forces d’élite et des soldats endoctrinés pour sortir du « chaos » et, au bout d’un mois et demi d’occupation, tirer à balles réelles pour nettoyer d’abord Pékin puis la place Tiananmen, puis exécuter ou emprisonner tous les animateurs saisis. Impossible d’évaluer le nombre de morts, estimé par recoupements des témoignages entre 1000 et 3000. Encore aujourd’hui il est impossible en Chine d’évoquer tout ce qui est lié à Tiananmen.

Excellents trois documentaires précis, deux de 55 minutes réalisés à partie des Tiananmen Papers, puis un de 55 minutes, inédit, sur l’engagement de l’une des premières figures d’animation du mouvement, Liu Xiaobo, revenu d’urgence des States à Pékin, puis qui a décidé deux fois de rester, avant de mourir après 9 ans d’emprisonnement, pendant lesquels il a écrit des caisses de manuscrits depuis disparues.

Voir et revoir ces trois documentaires, vivants et clairs,  … pour savoir et objectiver l’histoire.

Bon, qu’en est-il depuis ? Les gouvernements chinois ont verrouillé le système en ce qui concerne l’information tant totalement avec intelligence en interne qu’autant que possible en externe. Ils ont redouté par dessus tout que se reproduise en Chine ce qui est arrivé en Russie avec un Gorbatchev, donc que le Parti se délite et ne contrôle plus l’évolution du Pays. MAIS, comme chacun sait, Deng Xiao Ping, disposant alors de tous les pouvoirs, a ajusté la politique par « peu importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape les souris, donc enrichissez-vous », vivez de plus en plus à l’aise en contrepartie de la privation de libertés nécessaire à la pérennité du système de pouvoir, capable de hisser tout le Pays, ses populations, à redevenir l’Empire du Milieu.

Xi Jinping, son successeur, continue cette gigantesque partie de jeu de Go, sur laquelle je reviendrai, en maîtrisant encore plus le système par la présidence à vie, et en dépassant le projet de redresser de son prédécesseur, par le projet affirmé à la face de cette planète d’être la première puissance mondiale. Ainsi l’humiliation profonde infligée des décennies fin du XIXème et début du XXème par les puissances occidentales d’alors, sera définitivement effacée donc dépassée.

Quiconque a eu affaire durablement avec des asiatiques sait d’abord qu’il est vital qu’ils ne perdent pas la face, ensuite que ce sont de durs travailleurs qui savent depuis des millénaires jouer le temps. Entre autre stratégie, les dirigeants chinois ont su encourager, développer, une large classe moyenne, sur un damier élargi où toutes les catégories ont leur place, à condition de rester loyale à la nature du système, du gigantesque clan. Personne n’a faim, tout le monde a sa maison ou son appartement, il voit ses moyens de vivre dignement progressivement s’améliorer, s’il tient son rôle selon ses capacités. Actuellement, est progressivement mis en place, selon un processus d’expérimentation, la pratique du « crédit social », où toutes les « bonnes » actions loyales donnent droit à des « bons » points, et où tous les actes décalés par rapport à l’éthique dominante (exemple traverser la rue hors des clous) retire des points. Plus on gagne de points, plus on dispose individuellement de degrés de liberté dans le cadre des règles collectives, … et l’État en est concrètement capable en utilisant systématiquement (pas de faille, ou si peu)  les progrès des nouvelles technologies, … caméras partout et algorithmes adéquats.

Pour tenir compte une nouvelle fois de la science fiction, dans le Successeur de Pierre, Jean-Michel Truong décrit nettement la différence entre l’horreur des conditionnements masqués à l’Occident, et la gestion plus intelligente et efficace (toujours le jeu de Go) en Extrême-Orient.

Ce qui s’est passé à Tiananmen pourrait bien se passer (évidemment un peu différemment) par chez nous. Ensuite ? Ce sera selon les systèmes de gouvernance que nous choisirons. Choisir ? Sans projet qui nous dépasse et nous meuve ?

Michel André Vallée     5 juin 2019

Le jusqu’auboutisme dans l’absurde du colonialisme castillan

Examinons les décisions prises, ces dernières semaines 21, 22 et 23 de cette année 2019, par l’Espagne envers les dirigeants « prisonniers » et exilés de l’indépendantisme catalan.

En résultats des élections aux « législatives » espagnoles du 28 Avril, quatre des principaux leaders indépendantistes « en prison » (Oriol Junqueras, Jordi Sanchez, Jordi Turull, Josep Rull) ont été élus députés et un (Raül Romeva) sénateur.

Un des premiers actes des Cortés (le Parlement espagnol) a été de suspendre par vote ces quatre députés catalans, et le Sénat espagnol a fait quelques jours après de même envers le sénateur catalan !

Rappelons que fin Mars, quarante et un sénateurs français (de tous Partis et Régions) ont formellement demandé à l’État français et à l’UE d’arrêter le désordre, le gâchis causé par l’Espagne avec sa violation des droits civiques, … entrainant immédiatement une opposition-réprobation violente tant dans les termes que la démarche diplomatique de la part de l’ambassade d’Espagne en France. En cohérence avec d’autres interventions de cette ambassade ces toutes dernières années.

Enfin, des politiques français (mais pas l’establishment aux manettes) disent, clairement tout en restant dans les cordes du « convenable », que cela a trop duré. Seuls auparavant, quelques médias et personnalités françaises avaient « osé » condamner un déni inadmissible de démocratie. Ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres de même nature ces dernières années (les constats et témoignages sont en abondance sur des supports de dorénavant quasi toutes tendances).

Suite : en résultat des européennes du 26 mai, deux leaders indépendantistes exilés sont élus au Parlement européen, Carlés Puigdemont et Toni Comin. Ce 29 mai, jour d’installation à Strasbourg des élus européens, les deux élus catalans se sont vus interdire d’entrer au palais du Parlement, donc de pouvoir commencer à exercer leur mandat, sous prétexte de conditions de sécurité, et en fait sur décision politique du Président sortant du Parlement, Antonio Tajani et de son secrétaire général, Klaus Welle, tous deux membres du PPE !

À Madrid, le procès des leaders du mouvement indépendantiste catalan « prisonniers politiques » en prison vient d’entrer cette semaine dans sa phase terminale. Toutes celles et ceux qui suivent ce « procès », dont de nombreux médias journaux et sur la toile, ont bien compris depuis son début (et même depuis l’arrestation officielle des « prisonniers politiques ») qu’il est sans fondements, et que le système judiciaire espagnol a été incapable de rassembler les preuves liés aux objets de l’accusation, tant en ce qui concerne la sédition que des malversations financières. Les faux témoignages avancés par des policiers et militaires ont même été retournés ! En fait pas étonnant compte tenu de l’option de non-violence et de négociation traditionnelle de la culture catalane.

Rappelons que depuis les suites du 1er octobre 2017, le processus judiciaire et politique engagé par l’Espagne a été formellement dénoncé et condamné en Allemagne, en Finlande, en Suisse, au Danemark, au Portugal, en Slovénie, tant en Angleterre qu’en Écosse, au Québec, … et que la semaine dernière l’ONU a demandé à l’Espagne, après une instruction sans appel contre les pratiques de l’État espagnol, la libération immédiate des « prisonniers » qui en droit ne devraient depuis le début pas en être, qu’ils soient indemnisés, et d’engager une enquête complète et indépendante des droits floués ces dernières années ! Immédiatement, l’Espagne a exigé le retrait de l’habilitation de deux des membres du groupe d’experts de l’ONU !

Rien n’y fait, ce Tribunal, sans preuves, vient cette semaine quand même de confirmer la demande de condamnations  à des 15 à 25 ans de prison !?

C’est là, sans exagérer, typique de la même rage cruelle, vindicative et perverse qui a, sous la dictature Franco, condamné à être garrotté trois ou quatre fois (si mon souvenir est correct)  le dernier des basques qui a été exécuté. Raideur extrême d’un système.

En soi, quelle monstruosité gratuite que d’utiliser le garrot pour les exécutions capitales, provoquant une très longue et douloureuse agonie !

Pendant ce temps, certes l’article (abusivement mis en œuvre) 155 a été levé après le remplacement de Mariano Rajoy (PP) par Pedro Sanchez (PSOE), mais toutes les restaurations de la privation de l’autonomie de la Generalitat de Catalunya ne sont pas encore effectives, les freins ont été poussés au bout du bout, … et les exactions et difficultés « gratuites » auprès de maires et particuliers continuent au plan local, tout juste adoucies et moins visibles depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sanchez.

De tout cela, en sont complices non seulement le système de pouvoir, dont la royauté mise en place par Franco, espagnol, mais aussi de ce côté des Pyrénées le gouvernement et la partie « aux ordres » de la presse française, et plus général la CE et les Présidents tant de la Commission de Bruxelles que du Parlement de Strasbourg.

Question, le prochain Président de ce Parlement qui va être coopté donc élu par une nouvelle majorité (encore à constituer) va t’il modifier dans le sens de la démocratie cette attitude, et jusqu’où ? Avec quelles répercutions en effet domino ?

En attendant, j’ai eu l’opportunité vendredi 24 d’emmener quelqu’un à l’aéroport international d’El Prat de Barcelone, tôt le matin. Disposant de temps, je suis rentré en France en passant par plusieurs lieux que je souhaitais revoir. Un des traits qui m’a frappé, sans parler du dynamisme évident de Barcelone, est l’activité locale dense tant industrielle qu’agricole dans tout le Pays. Les gens travaillent, ce Pays a et développe une âme spécifique, … là où dans de plus en plus d’autres Pays, dont à l’évidence la France (passée du 5ème rang mondial à entre 15ème et 40ème selon les critères), tant déplorent l’état de dégradation.

C’est le même constat à chaque déplacement que je fais « au Sud » (de la Catalogne), … et cela rejoint tant de constats d’économistes et sociologues internationaux sérieux, dont nous pouvons disposer.

Bien entendu, il est possible de comprendre au premier regard pourquoi l’Espagne actuelle (dont les constitutions des diverses « provinces » sont diverses ?) ne veut à tous prix pas « perdre » ce « territoire » ; c’est elle qui ne veut pas perdre de l’exploiter comme une de ses dernières colonies, … et non l’inverse du procès d’intention non fondé que les catalans ne veulent pas partager leur richesse.

Alors, si là est la vraie motivation de l’establishment castillan, car c’est au regard de l’histoire la culture de la Castille et de ses « conquistadors » qui a imprégné comme une sorte de pensée unique la quasi intégralité de cet establishment là, … comment la gouvernance espagnole n’a t’elle pas compris que la Catalogne indépendante pourrait être son meilleur allié économique et culturel, … au lieu de la repousser aux yeux de tout un peuple (dorénavant un 50 % réel régulièrement croissant) ?

Non, certes, la motivation économique existe, mais les motivations identitaires de fond sont autres. En 2019, en plein processus de refondation de l’Europe pour redresser la tête dans une mondialisation qui la noie, la représentation collective castillane est bien archaïque, … et absurde. No pot durar.

Et la Catalogne indépendante pourrait bien être une des entités exemplaires de reconstruction attendue de cette Europe.

Michel André Vallée 2 juin 2019

LA TRANSPARENCE … EST POSSIBLE, ELLE EXISTE.

Une des attentes, un des désirs, une des demandes marquantes de notre période de recherche de sens par certains, ou d’abandon et laissez couler par d’autres, ou de colère rentrée ou violente par d’autres encore, …, est bien la « transparence ».  Voir, savoir, comprendre, demander, exiger, goûter, en jouir, contrôler, en détenir le privilège, s’assurer …

Elle semble inatteignable, idéale, utopique, un espoir de fond derrière le cumul de constats de complexités croisées et intriquées croissantes. Impossible ? Une idée spiritualiste, voire poétique ?

Si souvent, moi-même, dans tant de débats ou d’échanges, j’ai opposé à cet appel de transparence le principe de réalité, un de mes leitmotivs.

D’autant plus que le contexte culturel, politique, sociologique, trop souvent (pas toujours) en déliquescence, est aux manipulations, batailles stériles entre « sachants », publicités abusives, mensonges politiques et techniques, intrusions diverses, fake news, … etc … au moins dans cette civilisation occidentale,…  et pour ce que nous pouvons en savoir voyons certes différemment mais guère mieux ailleurs. Même, de et dans tous les courants religieux sans exception, scandales et violences ressortent, ici et là.

Et bien j’avais tord. Nous disposons d’au moins un cas majeur, transnational, planétaire, de transparence concrète, assurée, validée. Et s’il en est un de cette dimension, il doit en être d’autres. Reconnaissons d’ailleurs qu’il en est des milliers de taille bien plus modeste au travers d’initiatives locales en de nombreux domaines, … même si elles ne font pas, « encore », le poids, pour que notre système aux abois bascule.

Ce cas fonctionne depuis 2006, soit 13 ans, et s’appelle Wikileaks. Je le connaissais mal. Mais par l’article de Juan Branco dans Le Monde diplomatique N° 782 de ce mai 2019, j’en ai découvert toute la qualité.

Wikileaks a été organisé par une équipe de militants autour de Julian Assange, australien de 48 ans. C’était jusqu’à il y a quelques semaines le réfugié politique le plus connu de la planète. Évidemment, l’équipe Wikileaks travaille au cœur d’un réseau hyperprofessionnel d’experts underground des technologies de l’information et de la communication, professionnels et organisés au point que les agences spécialisées des grandes puissances n’y peuvent mais ! Par exemple lorsque Wikileaks rend public l’arsenal numérique de la CIA, il désactive de facto l’ensemble des armes utilisées par l’Agence pour pirater ses cibles.

Ce que je ne savais pas et qui m’a frappé dans ce cas est que les centaines de milliers d’informations hautement sensibles rendues publiques soient toujours accompagnées des références sources d’origine, validées et vérifiables, ce qui est si rare. De plus, aucune de ces centaines de milliers d’informations n’est fausse, ce qui est unique. Nombreuses y sont les révélations qui démontent de façon nette, radicale, incontournable (et quelques soient les manœuvres juridictionnelles dilatoires) finalement inéluctables, les malversations et horreurs de nos systèmes de gouvernance.

Donc, et ce de façon moulte fois répétée, actualisée, sur des champs et dans des dimensions divers, LA TRANSPARENCE EST POSSIBLE, ELLE EXISTE.

L’impact a été et est encore tel que tout a été tenté pour réduire, discréditer cette structure, ses mandants dont certains sont emprisonnés, son leader. Assange a été accusé de quasiment tout au travers de campagnes de presse massives, sans preuves.

Avec le temps, des paramètres de contexte changent ; ainsi on sait que l’Équateur après le remplacement de son Président a permis l’arrestation d’Assange dans son ambassade de Londres, et que les USA demandent son extradition. Le prix de la trahison : 10,2 milliards d’euros, hauteur de chiffre significative.

On peut se demander d’ailleurs comment il est possible que ce héros soit encore en vie en état d’agir ? Peut-être simplement qu’un accident soudain ou une maladie terrassente serait trop clairement une signature ; mais il est vrai qu’il devient de plus en plus difficile de procéder ainsi « sans risque », comme le FSB russe le sait bien, les sections action d’autres Agences aussi.

Mais, qu’il advienne un « accident » ou non à Assange, le processus est lancé et fonctionne.

D’une part il convient de prendre cet homme, qui a tenu des années dans des conditions inhumaines, droit et fidèle à lui-même, comme un héros exemplaire.

D’autre part, et plus globalement pour nous ici, la transparence tant espérée, concrète, active, pas seulement idéal éthique, est possible et existe !

Observons sa forme, sa pratique, son style, ses conditions, sa qualité… alors sur le fond le sens de son éthique.

Michel André Vallée Mai 2019